vendredi 15 mai 2020

LIRE EN TOI COMME DANS UN LIVRE OUVERT


Tu aimerais ça, mais oui, je ne suis pas un livre, donc techniquement, on ne peut pas m’ouvrir, tu as essayé, bravo. D'autres ont essayé, mais on ne les a jamais revu, moi et mon cœur, mon cœur et moi, pardon, c’est abusif que de me mettre avant mon cœur, surtout que c’est lui qui dirige, le plus souvent. Il est coriace.
Une porte claque, tu viens déjà de refermer le livre.
Dis donc, j’étais en train de m’ouvrir, pour faire sourire l’histoire, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et toi tu refermes tout.

Une porte claque à nouveau,
D’accord donc tu pars à double tour.
Je fais peur. Et, je croyais que tu aimais les films et livres d’horreur, j’en suis un ! si je suis un livre, je suis un livre d’horreur
Ça claque encore.
Le chien aboie
Ça claque.
Y’a du vent.
Oui, tu n’as laissé que le vent en partant.
Whaou, ça souffle, c’est la tempête.
Les pages s’arrachent.
Si, je suis un livre bien sur.
Pourquoi je serais un livre. De l’horreur, on n’en a pas besoin. Enfin, si, une catharsis disent-ils…
Ok, je m’ouvre si ça peut te faire rester, tu vas trouver aucune page blanche, enfin si quelques unes, ce sont celles où je ne savais pas quoi ressentir, où je n’arrivais plus rien à sortir.
Tu vas trouver des pages gribouillées, en noir et blanc, certaines en couleurs.
Tu vas trouver des pages où j’écris dans tous les sens, car en allant dans tous les sens, je suis sure de ne pas aller dans un seul sens et donc de ne pas tromper.
Tu verras des pages où je ne fais pas de choix, je fais plusieurs chapitres à la fois.
Aller dans un seul sens, on me le dit, de me concentrer, y’a une ou deux pages où j’ai essayé, y’a un mot, pas plus. Mais il est vide, car ce n’est pas moi
Y’a des pages où je vais dans tous les sens mais je suis organisée car je mets plus de temps à y aller.
Il y a des pages qui glissent, ça ce sont les larmes qui sont tombées trop vite et trop près, je n’ai pas pu les rattraper
Il y a des pages qui sont monochromes, non, je n’ai pas voulu rivaliser avec un peintre, j’ai juste voulu immortaliser une humeur, une émotion, forte.
Car quand les pages sont fortes en émotion, il n’y en peu qui sont blanches, pur, pur, car oui, je ne suis pas pure. Je ne suis pas claire. Je ne suis pas un seul visage.
Chaque page est un nouveau visage, oui, c’est un livre qui contient pour le moment 1666 pages….si ringard, le chiffre du diable, mais le 1 vient calmer tout ça.
Alors, tu as toujours envie de lire ?
Je n’entends plus de portes qui claquent.
Ah tu as dû commencer la lecture.
Bon courage…y’a un twist à la fin, ne t’inquiètes pas…

vendredi 8 mai 2020

JE TE COURS APRES


Non, tu as de plus grandes jambes, je suis une pomme, tu es une banane, techniquement, je ne te rattraperais jamais donc pourquoi te courir après.

« je te cours », ça ferait trop court, on rajoute le après, pour se rassurer, comme ce baiser qu’on envoie dans le vide en espérant qu’il va le récupérer, mais c’est du vide, il tombera, forcément, non il n’est pas un héros en face. Je te cours, tu me cours, tu vois, ça se conjugue aussi et si on le faisait à deux, ça serait une bonne activité à faire ensemble, on serait deux à ne pas savoir quoi faire, réunis dans notre ignorance. On serait bête, ça ferait du bien.

« Je te cours », rajoute un –ise et ça y’est, on m’appelle la salope, un mot qui ne rime qu’avec ce beau nyctalope, je vois dans la nuit, c’est vrai, à travers tes oublis, à travers des envies, je suis la fille de l’ombre, sombre, on m’a toujours considérée ainsi. Rajoute un-ise et ça y’est, tu fais le fier, tu quittes la terre, tu te roules contre mes seins, tu te prends pour le maître du destin, te voilà sourire d’avoir une femme qui te fait sourire, des désirs que l’on va bientôt assouvir.

« Je te cours », je te teste, j’ai le droit, si c’est en courant qu’il faut tester ton cœur, je le ferai, j’accours et je te cours. Tu bouges trop, j’arrive mal à te prendre, à t’attraper si tu préfères, certains mots te font balader. Et moi, parader. Des mots si proches et si différents qu’ils m’accrochent. Aie, ça fait mal. Bon, je te teste, je te cours, je te parcours, chaque recoin, je t’explore, je ne manque pas un bout, pour te connaître jusqu’à l’embonpoint, pour te connaître jusqu’à ne plus regretter d’être passée à côté, les regrets, eux, je ne veux pas les courir, alors j’évite d’en avoir même si la vie lévite autour de ça, souvent, à moi de courir plus vite. Et on y revient. Je te cours, tu me cours, me cours-tu vraiment ? Car il me semble que tu n’es pas vraiment essoufflé, as-tu vraiment été partout ? On a bien transpiré, on en a bu de l’eau fraîche et de l’amour certainement aussi. De là, à aller jusqu’au après….

Je te cours après, car je me dis que peut être y’a un après, je me dis que l’avant n’est que passé, mais en passant à après, j’oublie le présent, je veux peut être l’oublier car il a fait souffrir, et sourire parfois aussi endurcir aussi, faiblir aussi, et tout ce qui semble rimer en-ir, c’est étrange quand même, tout ce qui semble rimer avec le mot « ire ». Je suis en colère, voilà la réalité, c’est pour ça que je cours car je dépense, tous ces petits côtés rances, je les dépense.
L’ire….lire…je lis en toi maintenant, tellement bien. Je connais le début, et même l’épilogue, mais il ne sera pas un « je te cours après », c’est décidé. A moi d’être celle après qui on court, à moi d’aller plus vite sur la ligne d’arrivée, à moi de faire mon marathon, à toi de me suivre si tu le veux, mais si on le fit à deux, c’est mieux de le faire main dans la main, la ligne d’arrivée est pas évidente à franchir, et puis c’est la cours le plus jouissif, pas l’arrivée.

C’est bon, j’ai assez couru seule. On n’avait pas dit « pas plus d’un kilomètre du cœur et pas plus d’une heure de souffrance », les lois du cœur sont parfois strictes quand un virus menace des vies. 7 ans, c’est déjà trop, on a dépassé le point de légalité.

Y’a plusieurs départs….A toi de voir. Moi je cours. Parfois je m’arrête, je profite, je cours et ainsi de suite.

lundi 4 mai 2020

JE VAIS GRANDIR


Il l'a dit, il avait mon âge, la trentaine passée. 

Il est déjà grand. 


Alors pourquoi grandir ? 

Grandir, grandir est un beau mot, il a grand à l’intérieur, ça montre combien il est grand à la base. Moi, ça m’effraie un peu.

Grandir, c’est abandonner ses habits de bébé, sa peau d’enfant , ses boutons d’adolescents, son cœur d’artichaut, la bouche des premiers émois pour rentrer dans un autre bout de vie.

On peut grandir à tout âge, on peut même grandir, redevenir enfant puis grandir à nouveau. On peut même ne jamais grandir, c’est mon cas, ma taille n’a pas bougé depuis mes 15 ans.

C'est vieillir aussi, prendre du blanc sur le cheveu, quel drôle de peinture. En vieillissant, je dirai plutôt qu'on tourne marron, couleur de la terre, ou bleu couleur du ciel, ça dépend vers où tu veux partir, y'a les croyants, les pédants, les neutres, les méritants, les rêveurs, les romantiques, les absurdes, les nuageux...Moi je suis un peu de tout, croyant en ses dents de fer, pédant dans mes peines, neutre sauf si j'attaque avec un feutre, méritant sans médaille, car je n'aime pas l'ail, rêveur car ça a de la saveur, romantique car ça me donne de drôles de tiques, et des papillons aussi...mieux que le tic...Tac tic tac...ah oui vite, absurde...il n'y a qu'à regarder le monde, nuageux...je le suis maintenant...

Ah, en fait, on a pas parlé du cœur.

Ça aussi ça doit grandir, le petit prince le savait de son astéroïde. Parfois, il se brise même, et les cicatrices restent, jamais ne disparaissent, mais c’est aussi l’histoire non ? la vie, je veux dire.
Je vais grandir. J'ai pris cette décision ce matin comme un élan. Je me suis pris la porte dans le nez, Grandir commence mal. D’un autre côté, on m’a toujours dit que grandir, c’était douloureux.

Mais t’inquiètes, je t’oublierai pas petit bonhomme, t’es ancré, moi j’ai pas toujours pris les bonnes plumes mais tu es ancré en moi. Les pages ne sont pas blanches ni arrachées et les prochaines sont toutes à noircir. Oui, tu vas te prendre un peu de soleil dans les souvenirs, mais c'est ainsi, puisque je vais grandir.

Je vais grandir, je n’ose pas encore conjuguer le verbe. Faut dire qu’il est grand, comme verbe, c’est beaucoup de responsabilités et je ne suis même pas sûre de savoir où je dois signer.

Je vais grandir et si ça va pas, je reviendrai, t’inquiètes….

mardi 28 avril 2020

Danser, c'est la vie !



Danser, c’est accorder ses violons avec le cœur, c’est cet archet qui virevolte dans un ballet insondable que seules une épaule et une oreille peuvent comprendre.

Danser, c’est ce jeu de lune et soleil, qui s’aiment sans s’aimer, qui se volent la place du haut, la meilleure.

Danser, c’est lever le voile, faire un entrejambe à la vie, c’est se satisfaire d’une pirouette, pour repartir du bon pied.
Danser, c’est écouter le silence de la musique, en déceler les forces et les faiblesses, suivre son battement, s’allumer à sa première dissonance, pour mieux résonner soi-même.

Danser, c’est un équilibre, sur ce fil qui joue avec le vent, on y met pas de filet, car tomber, c’est aussi se relever.
Danser, c’est respirer, pas à pas, en évitant de s’étouffer trop durement, une graine qui a mal germé et zoup, nous voilà déracinés.

Danser, c’est regarder à l’intérieur, un décor pas toujours fameux au premier abord et pourtant si pleins de richesses. L’architecture peut être moderne ou vieillotte, terne ou vous mettre les nerfs en pelote, peu importe, vous en êtes l’architecte, revoyez les fondations et ne rejetez pas les fissures.

Danser, c’est dessiner un monde de cœur, où chaque pas sera un trait non effaçable, on peut sauter mais pas revenir à la ligne, le crayon griffonnera vos hésitations, la peinture vous donnera de la couleur, la toile acceptera vos premiers pas.

Danser, c’est aimer….
Danser, c’est….aimer.
Danser, c’est aimer. Soi, l’autre, toi, lui, eux, c’est aimer soi-même sans haine, c’est donner sans recevoir, sans avoir peur d’y boire, y mettre ses lèvres, peu farouches, pour voir éclore un baiser. Danser, c’est un baiser, no baiser tout court. On dirait plutôt faire l’amour, pour les plus courtisants, ceux qui croient, on peut danser comme on baise ou faire l’amour, un baiser volé, étiré, hors du temps.

Danser, c’est danser, même mot et pourtant d’autres maux, danser, c’est s’affairer à exorciser des pas, voir le sublime auquel on ne croit pas.

Danser, c’est se libérer. Ou libérer. Ou se sentir libre. Ou être libre, bouger sous le rythme d’un son qui résonne en nous…

Oui, c’est ça, après plusieurs pas, je monte sur la piste, j’ai trouvé un vieux tutu.

Danser, c’est être libre.

jeudi 16 avril 2020

La salade a de belles couleurs....


Et pourtant, cela ne m’a pas coûté un radis…Avec elle, on n’est jamais en rade, elle nous délecte à chaque fois de toutes ses saveurs. Je l’ai rencontrée plusieurs fois et elle m’a étonnée à chaque fois, ce n’est pas une question de foi, car à l’intérieur il n’y en a point, c’est une question de connaître et de savoir savourer.
Encore faut-il prendre le temps de savourer. Quel beau mot ! délicat, parfumé à souhait mais sans reliquat. Sans y prendre garde, j’ai goûté à son nectar si victorieux et impérieux. Je l’ai vue se réjouir de la belle mine qu’elle me cuisinait. J’ai dû cuir longtemps avant de la saupoudrer de mes papilles,je ne savais point que parfois, il faut mettre le champignon, faut dire qu’elle est discrète et ne se mélange pas à tout le monde.
Savourer, je disais, je me suis égarée dans ses cheveux très frisés.
Savourer, savez vous comment on s’y prend ? Savourer, c’est bouillonner d’envie de mettre les pieds dans le plat ou le potager, si on en a, de quelqu’un, d’abandonner l’amidon si bidonné qui nous entoure pour peler nos différents masques, c’est le délice de se dire qu’il n’y aura rien pour venir noyer les graines que l’on a semées, c’est se dire qu’on saura comment arroser  ce qui nous a tant séparés. C’est reconnaitre ces moments fanés et pourtant si arrosés de sourires.
Je ne veux pas finir légume mais lumineuse, je veux de ce plat principal et arrêter la courge que je suis parfois, quand je me mets six pieds sous terre, pour chercher des racines au mauvais endroit.
Savourer, c’est choisir les bons condiments qui vont venir épicer la prochaine minute passé au four de la vie.
Je n’en fais pas tout un cake, car de toutes façons la cuisine n’a jamais été mon usine et celle de qui j’ai appris les rudiments est maintenant partie.
Oui, la salade a de belles couleurs, mais peut être que tu ne le vois pas car elle n’existe que pour ceux qui mangent sans fourchette ni couteau, elle craint la violence et pourtant, se plait à se baigner dans la sauce quand il le faut, bien aller au fond, pour ne pas laisser le meilleur perdre son goût seul.
La salade a de belles couleurs et se montre appétissante pour ceux qui savent comment la cuisiner. Cuisiner, un autre drôle de mot.
J’ai coupé tant de parties de vies, que je ne sais plus dans quel plat je peux les trouver, peut être le principal, j’espère, car entrée ou dessert, ça serait rester sur ma faim. Il est temps de mettre les pieds dans le plat et de survoler la cuisson, la cuisine, c’est un art, il faut de l’engagement, sous la toque, je suis toquée, il est clair, et je me cache derrière un tablier taché car je crains les taches, les gouttes, ce gras qui risque de masquer le beau, ce lait qui risque de masquer la bonne crème. Car oui, cette salade, avec toutes ses surprises et ses textures, avec tous ses aléas et ses oui mais ou pourquoi, cette salade est une bonne crème, on ne comprend pas toujours pourquoi elle n’aime pas le froid, pourquoi elle se fait mauvaise quand on l’oublie….c’est ça…j’ai compris….
Elle n’aime pas l’oubli. Il m’a fallu tant de lignes de recettes pour comprendre cette salade. Tu n’aimes pas qu’on t’oublie alors tu te rappelles à nous en mettant du piment ici et là pour nous faire pleurer. Tu te rappelles à nous en nous bassinant que tu n’es pas là pour toujours, hier tu n’étais pas, demain tu ne seras plus aussi bonne, aujourd’hui tu es là, aujourd’hui tu es là, même si d’autres ne le sont plus,  ils restent toujours cachés dans un creux de tes papilles car ce sont ces autres qui font toute la saveur de la vie, de toi bien sûr, à qui je m’adresse finalement, car de spatule en écumoire, je suis devenue louche par mes maux.
C’est toi-oui toi-même- qui a de belles couleurs, qui fait que cette salade a de belles couleurs. C’est toi-même. C’est moi-même. C’est moi qui cuisine.
Cuisiner est un art. Vivre l’est aussi.
A Maman.
A Papa.
A ceux que l’on aime et à qui on ne le dit pas assez.

samedi 11 avril 2020

Un bout de bois qui se prend pour un homme


Froid comme du marbre ?
Point du tout, voilà que cet arbre,
Me séduisait sous ses palabres.

Il se tenait droit, là à mon passage, avec des fleurs au bout des ramifications, comme pour me dire « je t’aime », des mots peu entendus depuis si longtemps, partis dans un creux du vent.
Il me faisait la cour, bien droit, droit comme la foi, mais je ne l’ai pas, lui ai-je répondu. Il s’est penché, en jouant avec le vent. Un clin d’œil de tronc.

Du fond de son écorce, il a continué à s’affirmer. Ce rondin était fier de son bouleau : courtiser les fleurs. Sous son allure charbonneuse, voilà que cette écorce me donnait envie d’aller voir plus loin, pour sucer jusqu’à sa sève intrigante.

Aime-il la menuiserie, car avec moi il faudra en user. Au vue de mes épines, il se peut que j’abîme ses feuilles si jeunes. Il me branche, encore et encore, je me sens passer au bûcher, mais c’est qu’il ne me raconte pas des noix…

Voilà qu’à ses côtés, je fais le poirier, c’est qu’il sait bien feuilleter, il en sait quelque chose sur l’hêtre. Mais…des racines se font dans ma terre, va-t-il comme les autres me planter ? Sera-t-il une mauvaise graine ? vous savez, de ce qui vous prennent pour des prunes, en se moquant de votre pomme, pour vous laisser les souches d’instants volés ? est-ce pêcher de penser à un avenir meilleur, je n’étais que brindille avant de le rencontrer, on m’a brisée de si nombreuses fois sous les pieds, les hommes ne font pas attention où ils creusent, il creusent tout simplement, sans étudier la terre qu’ils ont devant eux.
Pas question qu’il me fasse de l’ombrage ou m’enferme dans un bocage, plutôt m’assécher, que pousser en mauvaise compagnie.
Moi j’ai poussé tordu, comme lui, c’est drôle, je me résigne à sa résine, elle colle déjà à ma peau. Je cèdre à ce rejeton, peu importe qu’il me coupe l’herbe sous le pied, la vie, c’est aussi se planter…

La botanique n’est pas une science sûre, tout comme l’amour.

mercredi 1 avril 2020

J'ai l'ennui


Il me tombe dessus. Et, pardonnez-moi, mais c’est un inconnu. Tu m’entends ? tu es un inconnu pour moi. peut être que tu es sourd et que tu n’entends pas car tu te colles de plus en plus à moi. C’est ça, tu es sourd, et lourd, lourd, tu es ce poids lourd qui passe dans ma vie, tu vois je ne te connais pas du tout, alors arrête.

Mon père m’a toujours dit de ne pas parler aux inconnus, mais que faire quand l’inconnu se montre insistant. Un coup de dent ? Je n’irai pas loin, tu prends tellement de place. En un seul coup de dent, ça n’arrangerait rien du tout. Regarde la place que tu prends. 

Et en plus, tu t’invites dans mon lit. Hier soir, j’ai failli tomber. Je n’avais qu’un petit quart, manquerait plus que tu me montes dessus et m’écrases. J’ai entendu dire que c’était déjà arrivé, une femme qui meurt sous le poids de son mari.

Non, nous ne sommes pas mariés ! Jamais, ne vas pas t’imaginer ça. Il est vrai que tu n’as pas beaucoup le sens de l’humour, tu ne comprends pas bien ces choses de la vie, tu es très premier degré. C’est ça le souci, je ne le suis pas. Tu m’as fait la cour, et je me suis prise dans tes filets, je pensais être forte, mais l’attirance….on m’a dit que tu faisais de nous des poètes. Voilà, maintenant, je t’ai, j’aurais préféré avoir le syndrome de la plume, tu sais, celui dont les pages s’écument…

Hé, je ne te connais pas ! et tu t’invites. Tu t’es invité. Une semaine que tu ne me lâches plus. J’ai la corde au cou, tu n’as plus qu’à tirer. Ou alors, c’est à moi de tirer. Mais j’aurais plus pied et quand tu n’as plus pied, tu sais ce qui se passe.

Silence. Les mots restent coincés, une âme vient de passer. 

Mon père disait ça aussi. Papa.

J’ai l’ennui. Oui, je l’ai, je l’ai attrapé. Moi qui pensais être si forte, si immunisée. JE l’ai attrapé, j’ai beau moucher, cracher, m’énerver, prendre des vitamines, manger des fruits et des légumes, ils disent. Ils disent. Mais quand tu es là, je dois vivre avec toi. Car tu n’es pas comme tous les autres virus. Quel intrus. Jusque dans mon intimité, mes moindres recoins, il m’étouffe pas à pas, au fil des heures qui s’égrènent .Oui, je t’ai. Je t’ai attrapé. C’est drôle, je pensais être loin de ce capharnaüm, et maintenant, c’est moi, j’ai le cafard. Je l’ai lui aussi…oui….c’est moche…il est très moche….comme toi.
Je l’ai, comme un sac que l’on porte, ou un enfant. Sauf que j’en ai pas, donc au final, je ne le sais pas.
J’ai l’ennui, je le possède ? C’est ça que ça signifie ? que c’est à moi. Mais quand on possède, c’est pour la vie, sauf si on vous le vole ? sauf s’il meurt, sauf s’il se brise en mille morceaux.  Hé, toi, c’est ça notre relation ?

Oui, autant t’épouser, au moins toi, tu me laisseras pas tomber.
L’ennui, je t’ai,
Est-ce qu’un jour je t’aimerai
Chaque nuit qui passe,
Encore davantage tu m’agaces,
Je sens ta lourdeur
Sans gêne, s’appuyer sur mon cœur,
Ma plume est las
Et les mots sous toi se cassent
On me dit « oh la nostalgique »
De la page blanche je suis épileptique,
Je me perds quand tu murmures,
Je me noie quand j’essaie de faire le mur.
Pourquoi moi ? je ne sais pas.
L’ennui, tu m’as.