METTRE UN VENT


Voilà, il m’a mis un vent. Oui, il l’a posé devant moi, un matin d’hiver. Déjà qu’il faisait pas chaud, je ne vous raconte alors le froid glacial qui s’est installé quand il l’a posé. Je n’ai pas compris, quelle idée !!! de mettre un vent en plein hiver, ça ne fait que rafraichir et même glacer l’ambiance.


Résultat : j’étais en train d’aérer, autant vous dire que j’ai tout fermé, tout fermé sans exception, même ma tête. Même mon cœur. Oh, c’est tout aussi bien de ne pas ouvrir le sportes de son cœur. Vous savez, avec le vent, ça me claquer, c’est qu’on en a des ouvertures dans le corps, mais au bout d’un moment, comme toute porte, ça claque, et pour peu que je me coince un bout d’idées, de souvenirs ou de drôles de pensées dedans, et bien je vais crier.

Ahhhhhhh !

C’est fait, j’ai crié. D’un côté ça fait du bien, de l’autre, ça fait juste beaucoup de bruit. Beaucoup de bruit et des papillons dans la gorge.

Ahhhhhhh !

C’était pour chasser le vent, mais à l’intérieur, il renversait tout…en silence. Et avec tout ça je me demande tout de même, car oui je l’admire, comment il a réussi à attraper des bouts de vent pour me les mettre, là entre nous deux, et disparaitre. Il a dompté le vent, il serait donc un tantinet magicien. Dis donc, je ne pensais pas le jour de notre premier baiser être tombée sur le gardien du vent et du but car il avait mis dans le mille, mais on s’égare, ce n’est pas l’histoire d’un ballon en cage, mais d’un vent hors de sa cage.

Bon inutile de dire que oui, ça fait des courants d’air. Quel courant ? Expressionniste certainement, mathématique ? pas sûr, impressionniste…oui il m’a laissé dès la première fois une magistrale impression, sur son cheval. Un courant qui vous emporte dans le mauvais sens, mais vous connaissez l’histoire des courants, une fois électrocutée, vous ne pouvez que vous laisser porter. Je suis allée loin, jusqu’aux chutes..pas du niagara, ça aurait été magnifique, au moins profiter du paysage, là j’ai été un peu coupée dans mon élan, emportée par le vent.
Ah bien voilà, on y revient à ce vent qu’on m’a posé là sans crier garde, enfin, si il me l’a dit j’aurais dû être sur mes gardes, j’étais sa chasse gardée avant qu’il s’intéresse à une autre proie, la jungle est grande, le désir est grand, les vents soufflent forts, encore là eux, ils sont partout. Alors oui, il est allée chasser ailleurs, le gibier est partout et parfois de meilleure qualité j’avoue. Où est ce que je vais ranger mon vent ? ca roui, il m’appartient maintenant, il est là ! je vous dis, dans mon salon, on l’a mis là. Je vais bien le ranger, au milieu du salon, ça fait désordre. Peut être dans une larme, c’est une bonne idée ça, dans une larme, non ? Je n’ai pas peur vous savez, ce n’est qu’un vent, je tiens toujours debout.

Peut être que c’ets aussi une nouvelle histoire d’amour, ce n’est pas la première fois qu’on me met un vent devant moi, c’est juste qu’avant, c’était juste des brises, je n’y faisais pas attention, j’habitais près de la mer, j’étais habituée, mais quand on est bien avec quelqu’un, on perd l’habitude.
Bon je vais ramasser les feuilles qu’il a jeté un peu partout, il n’est pas très discipliné ce vent, c’est peut être ça dont j’ai besoin, un peu plus de vent, un peu moins de discipline…

Tiens, je vais peut être me mettre au vent moi aussi, mettre un vent, c’est tout un art…


Y'A DE L'ORAGE DANS L'AIR !


Je peux le sentir, de mon nez, je parle. Oui, j’ai du flair pour les tempêtes, je dois avoir été pirate dans une autre vie.
C’est pour ça que je ne peux cligner que d’un seul œil.

Le ciel devient lourd, les mots sont lourds, les nuages s’affaissent comme nos bagages, ceux de là-haut et ceux sous nos yeux. Le vent se fait de plus en plus fort, comme les vents que l’on se donne avec le temps qui passe et s’amasse. Une dernière rime en « asse », bidasse. Moche. Liasse. Moche. Tracasse…Oui, par sa couleur, le ciel me tracasse, j’ai toujours eu peur de l’orage, il crie trop fort, il gronde à côté, il s’éclaire juste pour vous faire trembler, mon chien tremblait 1h avant l’orage, on savait que l’air serait bientôt habité de bruits essoufflés et de lumière grinçante.

Oui, il y a de l’orage dans l’air, il est accroché pendant un petit temps. Le ballet des éclairs, avez-vous déjà vu ce spectacle ? c’est la préparation, on se tourne autour, on se regarde, on se toise, on dessine une toile, on ne sait pas encore quel chemin elle va prendre, mais on dessinne, dans l’air, c’est grand, il y a de la place, trop de place, l’air c’est grand, l’air c’est élégant, l’orage est élégant, pas tout le temps, parfois il devient un peu trop violent, on voudrait se boucher les oreilles, tourner les talons et plus rien écouter, s’enfouir sous sa couette pour attendre et entendre les pas de papa, allez se ranger dans un placard, ici l’orage ne devrait plus y faire toc toc, c’est ton endroit secret, on aimerait tout ça, mais on reste paralysé, comme si l’on était…non…on est maso…masochiste, on veut connaitre la fin, on veut voir, on veut dire, on veut sentir, on veut voir l’autre tomber sous le coup de foudre, on veut voir l’autre sursauter sous le son qui tombe. On est vicieux, derrière des côtés amoureux de l’orage.

Tiens, on parle encore de toi, orage. Oh rage. Tragédie. Classique. Y’a de l’orage dans l’air, nouvelle tragédie, auteur : la société, pas la meilleure des autrices.

Oublions, passons.

Oui, car je t’aime cher orage, tu fais que ma vie est moins douce mais plus coriace, tu fais que ma vie vogue de tempête en tempête, de mer calme en mer calme, de nuage en nuage ou cunnilingus, est ce le bon mot ? non, cummulo-lingus est celui que tu attends et pourtant après une bonne tempête, on aime à se rabibocher, sous une pluie qui tapote tes envies ou sous un arc en ciel qui te ramène à la douceur d’une enfance qui elle, ne voyait pas de l’orage dans l’air, si ce n’est sur les dessins.

Une fille sur un nuage, voilà ce que je suis quand il y  a de l’orage dans l’air.

Et je vogue, vogue à l’aveugle, sans boucher mes oreilles, pour ne pas offenser, pour ne pas manquer un bout du spectacle, de la tragédie devenant comique avec les changements de couleur ou d’humeur de l’air.

Dans l’air, il y a de l’orage, il est là, accroché, ou rangé dedans, en attendant d’être sorti lui aussi de son placard pour faire frissonner, c’est pas très bien rangé dans ce placards, c’est même le bazar…le bazar, dans ce ballet d’éclairs, et pourtant, ce bazar, cette danse de transe est si belle. Je vogue je vogue dans la mer de ciel, les cheveux dans l’air, non discipliné. Je suis une pirate.

Oui, c’est donc cela. Nous sommes des pirates, avec plus ou moins de belles frégates, et nous voilà en pleine mer, quand l’orage arrive, toujours prêt à naviguer, même en eaux troubles ou troublées.

PRENDRE LE TAUREAU PAR LES CORNES


Est-ce que je suis prête ? C’est la bonne question, un taureau, ça se défend trop, sa masse, ses muscles, sa volonté, sa rage, il n’est pas comme moi le fantôme de lui même. Bon, on me dit de le prendre, je dois le prendre mais je vois son air déjà féroce et j’ai peur, depuis toute petite il ne m’a pas laissé de répit, il m’a observée de près, de très près, sans vraiment jamais me le montrer.

J’ai toujours détesté la corrida. Pourquoi je commencerai aujourd’hui, après, si c’est un combat à main nu, oui je suis d’accord, je peux attraper les cornes, je ne sais pas si je survivrai.

J’attrape,
Je corne,
Une licorne,
Je rêve,
Un pas sur la grève,
Je tombe,
Il m’assomme
Je me rends en somme
Je me suis battue,
Pas tue.

Et puis qu’est ce qu’il m’a fait ce taureau ? A vrai dire, je le connais mal, et puis pendant toutes ces années, je lui ai mal parlé, il faut le dire, Ses cornes ont grandi de jour en jour, j’ai essayé à plusieurs reprises de les attraper mais c’était un terrain glissant, j’ai d’ailleurs dérapé comme on le fait sur le verglas, on se casse trois, quatre idées et on repart, on se marre, parfois, on reste jamais sur le carreau, peut être qu’avec le cœur, je tombe à pic mais si un jour je trouve ton trèfle cher taureau, je suis preneuse.

J’aime les animaux. Je ne veux pas te prendre si violemment. Tu ne m’as rien fait, si ce n’est d’exister. Tes cornes ? ce sont ta force, pourquoi tant de haine si tu es si doux, alors non cher taureau, je ne te prendrai pas, je vais plutôt te caresser, te parler, t’apprivoiser. Oui, c’est bien ça. Le petit prince l’a fait avec le renard, il est devenu roi, enfin, il aurait pu, être roi n’est pas tache facile, ce n’est pas être mille mais un sur ce fil. Non, j’ai compris, je vais t’apprivoiser cher taureau, car finalement, quand j’enlève ton masque, c’est bien moi derrière, celle que je ne connais pas encore et qu’il faudrait que j’attrape si violemment, c’est ce que j’ai fait pendant des années. Douce corrida.
Oui, moi qui déteste la corrida, j’ai voulu pendant des années t’arracher les cornes.

Non, cher taureau, tu es bien trop beau. Tu es bien trop fort. Tu es si libre et si instinctif. Je ne te prendrai pas par les cornes, car cela ne me fera pas avancer d’un pas de trait, mais reculer dans les fossés. Je vais t’apprivoiser, te parler, te comprendre, t’entendre. Une oreille.

Deux oreilles,
Bouchés,
Par la vie
Je dévie,
Je sais dévier
J’évite,
J’ai évité,
Je suis tombée
Drôle de fossé
Je lévite
Je t’évite,
Je suis bête
Voilà, oui, je suis la bête.
Je suis toi.
Tu es moi.
On ne fait qu’un
Allions nos cornes.

BRULER LA CHANDELLE PAR LES DEUX BOUTS


Je brûle. Ça y’est. C’est décidé. Je brûle. Par les deux bouts. Moi, la chandelle, si romantique, je me suis enflammée. Et de trop. Car je brûle de mes deux bouts, par la tête, par les pieds, je n’ai plus qu’à attendre pour me consumer entièrement. Pendant ce temps, autant en profiter, qui veut aller au bûcher avec moi ?

Voilà ce que dirait la chandelle, une fois le feu en elle. A y réfléchir, on se ferait mal à brûler une chandelle par ses deux bouts, comment la tenir, où la poser, elle n’a plus de socle sûr pour pouvoir jaillir de toute sa beauté, après c’est un choix me direz vous ou un risque ?

Moi j’ai tenté, j’ai tenté le risque, je ne craignais pas de tout perdre, je n’y tenais pas à cette chandelle, elle était vieille, un passé à la poubelle, ça donne des ailes qu’ils disent, mais bon ce n’est aps très réél tout ça.

Et puis qui dit que la chandelle n’a que deux bouts, qu’est ce qui fait que la chandelle a un début et une fin, qui dit que la vie a un début et une fin, et non pas plusieurs débuts ou plusieurs fins. Il y a ceux qui croient en plusieurs vies, il y a ceux qui croient en plusieurs débuts mais ils sont plus rares. Les débuts ? non, ces gens là. La chandelle est un phoenix qui va mourir et renaitre de ses cendres, ses brûlures seront toujours là, et bien vivantes pendant toutes ces autres vies, mais elles ne partiront pas, le feu, ça marque, ça laisse des traces, ça vous tracasse ? C’est la dure réalité, c’est la belle réalité, sans ces brûlures on ne serait pas aussi droit et tordu qu’une chandelle.

Alors oui, j’ai brûlé ma chandelle par les deux bouts et devant moi elle a disparu pour se transformer en autre chose, un autre objet que je continuerai à brûler par les deux bouts, car je ne veux pas attendre la fin, je ne veux pas attendre le début.
-tu as tort, j’aime quand le feu arrive sur un de mes bouts. Sur le deuxième, quand il surgit, je sens que j’ai peu de temps alors je fais tout pour brûler davantage, encore plus vite, profiter au plus vite de l’air qui reste…
-tu es une chandelle, on te tient dans certains moments pour faire beau, mais tu ne sers  à rien
-toi, non plus. Tu ne sers à rien à la base. Tu fais quelque chose ?
-merci Chandelle, pour ce rappel
-ce n’est pas un rappel, c’est juste que je vois que tu es en train de brûler, des 2 côtés, mais tu ne le vois pas.
-je me consume ?
-oui, et pourtant tu brûles pour rien…Tu ne vois rien…

Je ne suis peut être pas une chandelle au final.

Il est temps que je le devienne.

Je cherche…

J’ai trouvé…une allumette, c’est ma dernière, je vais essayer cette fois-ci de ne pas la gâcher…

LIRE EN TOI COMME DANS UN LIVRE OUVERT


Tu aimerais ça, mais oui, je ne suis pas un livre, donc techniquement, on ne peut pas m’ouvrir, tu as essayé, bravo. D'autres ont essayé, mais on ne les a jamais revu, moi et mon cœur, mon cœur et moi, pardon, c’est abusif que de me mettre avant mon cœur, surtout que c’est lui qui dirige, le plus souvent. Il est coriace.
Une porte claque, tu viens déjà de refermer le livre.
Dis donc, j’étais en train de m’ouvrir, pour faire sourire l’histoire, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et toi tu refermes tout.

Une porte claque à nouveau,
D’accord donc tu pars à double tour.
Je fais peur. Et, je croyais que tu aimais les films et livres d’horreur, j’en suis un ! si je suis un livre, je suis un livre d’horreur
Ça claque encore.
Le chien aboie
Ça claque.
Y’a du vent.
Oui, tu n’as laissé que le vent en partant.
Whaou, ça souffle, c’est la tempête.
Les pages s’arrachent.
Si, je suis un livre bien sur.
Pourquoi je serais un livre. De l’horreur, on n’en a pas besoin. Enfin, si, une catharsis disent-ils…
Ok, je m’ouvre si ça peut te faire rester, tu vas trouver aucune page blanche, enfin si quelques unes, ce sont celles où je ne savais pas quoi ressentir, où je n’arrivais plus rien à sortir.
Tu vas trouver des pages gribouillées, en noir et blanc, certaines en couleurs.
Tu vas trouver des pages où j’écris dans tous les sens, car en allant dans tous les sens, je suis sure de ne pas aller dans un seul sens et donc de ne pas tromper.
Tu verras des pages où je ne fais pas de choix, je fais plusieurs chapitres à la fois.
Aller dans un seul sens, on me le dit, de me concentrer, y’a une ou deux pages où j’ai essayé, y’a un mot, pas plus. Mais il est vide, car ce n’est pas moi
Y’a des pages où je vais dans tous les sens mais je suis organisée car je mets plus de temps à y aller.
Il y a des pages qui glissent, ça ce sont les larmes qui sont tombées trop vite et trop près, je n’ai pas pu les rattraper
Il y a des pages qui sont monochromes, non, je n’ai pas voulu rivaliser avec un peintre, j’ai juste voulu immortaliser une humeur, une émotion, forte.
Car quand les pages sont fortes en émotion, il n’y en peu qui sont blanches, pur, pur, car oui, je ne suis pas pure. Je ne suis pas claire. Je ne suis pas un seul visage.
Chaque page est un nouveau visage, oui, c’est un livre qui contient pour le moment 1666 pages….si ringard, le chiffre du diable, mais le 1 vient calmer tout ça.
Alors, tu as toujours envie de lire ?
Je n’entends plus de portes qui claquent.
Ah tu as dû commencer la lecture.
Bon courage…y’a un twist à la fin, ne t’inquiètes pas…

JE TE COURS APRES


Non, tu as de plus grandes jambes, je suis une pomme, tu es une banane, techniquement, je ne te rattraperais jamais donc pourquoi te courir après.

« je te cours », ça ferait trop court, on rajoute le après, pour se rassurer, comme ce baiser qu’on envoie dans le vide en espérant qu’il va le récupérer, mais c’est du vide, il tombera, forcément, non il n’est pas un héros en face. Je te cours, tu me cours, tu vois, ça se conjugue aussi et si on le faisait à deux, ça serait une bonne activité à faire ensemble, on serait deux à ne pas savoir quoi faire, réunis dans notre ignorance. On serait bête, ça ferait du bien.

« Je te cours », rajoute un –ise et ça y’est, on m’appelle la salope, un mot qui ne rime qu’avec ce beau nyctalope, je vois dans la nuit, c’est vrai, à travers tes oublis, à travers des envies, je suis la fille de l’ombre, sombre, on m’a toujours considérée ainsi. Rajoute un-ise et ça y’est, tu fais le fier, tu quittes la terre, tu te roules contre mes seins, tu te prends pour le maître du destin, te voilà sourire d’avoir une femme qui te fait sourire, des désirs que l’on va bientôt assouvir.

« Je te cours », je te teste, j’ai le droit, si c’est en courant qu’il faut tester ton cœur, je le ferai, j’accours et je te cours. Tu bouges trop, j’arrive mal à te prendre, à t’attraper si tu préfères, certains mots te font balader. Et moi, parader. Des mots si proches et si différents qu’ils m’accrochent. Aie, ça fait mal. Bon, je te teste, je te cours, je te parcours, chaque recoin, je t’explore, je ne manque pas un bout, pour te connaître jusqu’à l’embonpoint, pour te connaître jusqu’à ne plus regretter d’être passée à côté, les regrets, eux, je ne veux pas les courir, alors j’évite d’en avoir même si la vie lévite autour de ça, souvent, à moi de courir plus vite. Et on y revient. Je te cours, tu me cours, me cours-tu vraiment ? Car il me semble que tu n’es pas vraiment essoufflé, as-tu vraiment été partout ? On a bien transpiré, on en a bu de l’eau fraîche et de l’amour certainement aussi. De là, à aller jusqu’au après….

Je te cours après, car je me dis que peut être y’a un après, je me dis que l’avant n’est que passé, mais en passant à après, j’oublie le présent, je veux peut être l’oublier car il a fait souffrir, et sourire parfois aussi endurcir aussi, faiblir aussi, et tout ce qui semble rimer en-ir, c’est étrange quand même, tout ce qui semble rimer avec le mot « ire ». Je suis en colère, voilà la réalité, c’est pour ça que je cours car je dépense, tous ces petits côtés rances, je les dépense.
L’ire….lire…je lis en toi maintenant, tellement bien. Je connais le début, et même l’épilogue, mais il ne sera pas un « je te cours après », c’est décidé. A moi d’être celle après qui on court, à moi d’aller plus vite sur la ligne d’arrivée, à moi de faire mon marathon, à toi de me suivre si tu le veux, mais si on le fit à deux, c’est mieux de le faire main dans la main, la ligne d’arrivée est pas évidente à franchir, et puis c’est la cours le plus jouissif, pas l’arrivée.

C’est bon, j’ai assez couru seule. On n’avait pas dit « pas plus d’un kilomètre du cœur et pas plus d’une heure de souffrance », les lois du cœur sont parfois strictes quand un virus menace des vies. 7 ans, c’est déjà trop, on a dépassé le point de légalité.

Y’a plusieurs départs….A toi de voir. Moi je cours. Parfois je m’arrête, je profite, je cours et ainsi de suite.

JE VAIS GRANDIR


Il l'a dit, il avait mon âge, la trentaine passée. 

Il est déjà grand. 


Alors pourquoi grandir ? 

Grandir, grandir est un beau mot, il a grand à l’intérieur, ça montre combien il est grand à la base. Moi, ça m’effraie un peu.

Grandir, c’est abandonner ses habits de bébé, sa peau d’enfant , ses boutons d’adolescents, son cœur d’artichaut, la bouche des premiers émois pour rentrer dans un autre bout de vie.

On peut grandir à tout âge, on peut même grandir, redevenir enfant puis grandir à nouveau. On peut même ne jamais grandir, c’est mon cas, ma taille n’a pas bougé depuis mes 15 ans.

C'est vieillir aussi, prendre du blanc sur le cheveu, quel drôle de peinture. En vieillissant, je dirai plutôt qu'on tourne marron, couleur de la terre, ou bleu couleur du ciel, ça dépend vers où tu veux partir, y'a les croyants, les pédants, les neutres, les méritants, les rêveurs, les romantiques, les absurdes, les nuageux...Moi je suis un peu de tout, croyant en ses dents de fer, pédant dans mes peines, neutre sauf si j'attaque avec un feutre, méritant sans médaille, car je n'aime pas l'ail, rêveur car ça a de la saveur, romantique car ça me donne de drôles de tiques, et des papillons aussi...mieux que le tic...Tac tic tac...ah oui vite, absurde...il n'y a qu'à regarder le monde, nuageux...je le suis maintenant...

Ah, en fait, on a pas parlé du cœur.

Ça aussi ça doit grandir, le petit prince le savait de son astéroïde. Parfois, il se brise même, et les cicatrices restent, jamais ne disparaissent, mais c’est aussi l’histoire non ? la vie, je veux dire.
Je vais grandir. J'ai pris cette décision ce matin comme un élan. Je me suis pris la porte dans le nez, Grandir commence mal. D’un autre côté, on m’a toujours dit que grandir, c’était douloureux.

Mais t’inquiètes, je t’oublierai pas petit bonhomme, t’es ancré, moi j’ai pas toujours pris les bonnes plumes mais tu es ancré en moi. Les pages ne sont pas blanches ni arrachées et les prochaines sont toutes à noircir. Oui, tu vas te prendre un peu de soleil dans les souvenirs, mais c'est ainsi, puisque je vais grandir.

Je vais grandir, je n’ose pas encore conjuguer le verbe. Faut dire qu’il est grand, comme verbe, c’est beaucoup de responsabilités et je ne suis même pas sûre de savoir où je dois signer.

Je vais grandir et si ça va pas, je reviendrai, t’inquiètes….

Danser, c'est la vie !



Danser, c’est accorder ses violons avec le cœur, c’est cet archet qui virevolte dans un ballet insondable que seules une épaule et une oreille peuvent comprendre.

Danser, c’est ce jeu de lune et soleil, qui s’aiment sans s’aimer, qui se volent la place du haut, la meilleure.

Danser, c’est lever le voile, faire un entrejambe à la vie, c’est se satisfaire d’une pirouette, pour repartir du bon pied.
Danser, c’est écouter le silence de la musique, en déceler les forces et les faiblesses, suivre son battement, s’allumer à sa première dissonance, pour mieux résonner soi-même.

Danser, c’est un équilibre, sur ce fil qui joue avec le vent, on y met pas de filet, car tomber, c’est aussi se relever.
Danser, c’est respirer, pas à pas, en évitant de s’étouffer trop durement, une graine qui a mal germé et zoup, nous voilà déracinés.

Danser, c’est regarder à l’intérieur, un décor pas toujours fameux au premier abord et pourtant si pleins de richesses. L’architecture peut être moderne ou vieillotte, terne ou vous mettre les nerfs en pelote, peu importe, vous en êtes l’architecte, revoyez les fondations et ne rejetez pas les fissures.

Danser, c’est dessiner un monde de cœur, où chaque pas sera un trait non effaçable, on peut sauter mais pas revenir à la ligne, le crayon griffonnera vos hésitations, la peinture vous donnera de la couleur, la toile acceptera vos premiers pas.

Danser, c’est aimer….
Danser, c’est….aimer.
Danser, c’est aimer. Soi, l’autre, toi, lui, eux, c’est aimer soi-même sans haine, c’est donner sans recevoir, sans avoir peur d’y boire, y mettre ses lèvres, peu farouches, pour voir éclore un baiser. Danser, c’est un baiser, no baiser tout court. On dirait plutôt faire l’amour, pour les plus courtisants, ceux qui croient, on peut danser comme on baise ou faire l’amour, un baiser volé, étiré, hors du temps.

Danser, c’est danser, même mot et pourtant d’autres maux, danser, c’est s’affairer à exorciser des pas, voir le sublime auquel on ne croit pas.

Danser, c’est se libérer. Ou libérer. Ou se sentir libre. Ou être libre, bouger sous le rythme d’un son qui résonne en nous…

Oui, c’est ça, après plusieurs pas, je monte sur la piste, j’ai trouvé un vieux tutu.

Danser, c’est être libre.

La salade a de belles couleurs....


Et pourtant, cela ne m’a pas coûté un radis…Avec elle, on n’est jamais en rade, elle nous délecte à chaque fois de toutes ses saveurs. Je l’ai rencontrée plusieurs fois et elle m’a étonnée à chaque fois, ce n’est pas une question de foi, car à l’intérieur il n’y en a point, c’est une question de connaître et de savoir savourer.
Encore faut-il prendre le temps de savourer. Quel beau mot ! délicat, parfumé à souhait mais sans reliquat. Sans y prendre garde, j’ai goûté à son nectar si victorieux et impérieux. Je l’ai vue se réjouir de la belle mine qu’elle me cuisinait. J’ai dû cuir longtemps avant de la saupoudrer de mes papilles,je ne savais point que parfois, il faut mettre le champignon, faut dire qu’elle est discrète et ne se mélange pas à tout le monde.
Savourer, je disais, je me suis égarée dans ses cheveux très frisés.
Savourer, savez vous comment on s’y prend ? Savourer, c’est bouillonner d’envie de mettre les pieds dans le plat ou le potager, si on en a, de quelqu’un, d’abandonner l’amidon si bidonné qui nous entoure pour peler nos différents masques, c’est le délice de se dire qu’il n’y aura rien pour venir noyer les graines que l’on a semées, c’est se dire qu’on saura comment arroser  ce qui nous a tant séparés. C’est reconnaitre ces moments fanés et pourtant si arrosés de sourires.
Je ne veux pas finir légume mais lumineuse, je veux de ce plat principal et arrêter la courge que je suis parfois, quand je me mets six pieds sous terre, pour chercher des racines au mauvais endroit.
Savourer, c’est choisir les bons condiments qui vont venir épicer la prochaine minute passé au four de la vie.
Je n’en fais pas tout un cake, car de toutes façons la cuisine n’a jamais été mon usine et celle de qui j’ai appris les rudiments est maintenant partie.
Oui, la salade a de belles couleurs, mais peut être que tu ne le vois pas car elle n’existe que pour ceux qui mangent sans fourchette ni couteau, elle craint la violence et pourtant, se plait à se baigner dans la sauce quand il le faut, bien aller au fond, pour ne pas laisser le meilleur perdre son goût seul.
La salade a de belles couleurs et se montre appétissante pour ceux qui savent comment la cuisiner. Cuisiner, un autre drôle de mot.
J’ai coupé tant de parties de vies, que je ne sais plus dans quel plat je peux les trouver, peut être le principal, j’espère, car entrée ou dessert, ça serait rester sur ma faim. Il est temps de mettre les pieds dans le plat et de survoler la cuisson, la cuisine, c’est un art, il faut de l’engagement, sous la toque, je suis toquée, il est clair, et je me cache derrière un tablier taché car je crains les taches, les gouttes, ce gras qui risque de masquer le beau, ce lait qui risque de masquer la bonne crème. Car oui, cette salade, avec toutes ses surprises et ses textures, avec tous ses aléas et ses oui mais ou pourquoi, cette salade est une bonne crème, on ne comprend pas toujours pourquoi elle n’aime pas le froid, pourquoi elle se fait mauvaise quand on l’oublie….c’est ça…j’ai compris….
Elle n’aime pas l’oubli. Il m’a fallu tant de lignes de recettes pour comprendre cette salade. Tu n’aimes pas qu’on t’oublie alors tu te rappelles à nous en mettant du piment ici et là pour nous faire pleurer. Tu te rappelles à nous en nous bassinant que tu n’es pas là pour toujours, hier tu n’étais pas, demain tu ne seras plus aussi bonne, aujourd’hui tu es là, aujourd’hui tu es là, même si d’autres ne le sont plus,  ils restent toujours cachés dans un creux de tes papilles car ce sont ces autres qui font toute la saveur de la vie, de toi bien sûr, à qui je m’adresse finalement, car de spatule en écumoire, je suis devenue louche par mes maux.
C’est toi-oui toi-même- qui a de belles couleurs, qui fait que cette salade a de belles couleurs. C’est toi-même. C’est moi-même. C’est moi qui cuisine.
Cuisiner est un art. Vivre l’est aussi.
A Maman.
A Papa.
A ceux que l’on aime et à qui on ne le dit pas assez.

Un bout de bois qui se prend pour un homme


Froid comme du marbre ?
Point du tout, voilà que cet arbre,
Me séduisait sous ses palabres.

Il se tenait droit, là à mon passage, avec des fleurs au bout des ramifications, comme pour me dire « je t’aime », des mots peu entendus depuis si longtemps, partis dans un creux du vent.
Il me faisait la cour, bien droit, droit comme la foi, mais je ne l’ai pas, lui ai-je répondu. Il s’est penché, en jouant avec le vent. Un clin d’œil de tronc.

Du fond de son écorce, il a continué à s’affirmer. Ce rondin était fier de son bouleau : courtiser les fleurs. Sous son allure charbonneuse, voilà que cette écorce me donnait envie d’aller voir plus loin, pour sucer jusqu’à sa sève intrigante.

Aime-il la menuiserie, car avec moi il faudra en user. Au vue de mes épines, il se peut que j’abîme ses feuilles si jeunes. Il me branche, encore et encore, je me sens passer au bûcher, mais c’est qu’il ne me raconte pas des noix…

Voilà qu’à ses côtés, je fais le poirier, c’est qu’il sait bien feuilleter, il en sait quelque chose sur l’hêtre. Mais…des racines se font dans ma terre, va-t-il comme les autres me planter ? Sera-t-il une mauvaise graine ? vous savez, de ce qui vous prennent pour des prunes, en se moquant de votre pomme, pour vous laisser les souches d’instants volés ? est-ce pêcher de penser à un avenir meilleur, je n’étais que brindille avant de le rencontrer, on m’a brisée de si nombreuses fois sous les pieds, les hommes ne font pas attention où ils creusent, il creusent tout simplement, sans étudier la terre qu’ils ont devant eux.
Pas question qu’il me fasse de l’ombrage ou m’enferme dans un bocage, plutôt m’assécher, que pousser en mauvaise compagnie.
Moi j’ai poussé tordu, comme lui, c’est drôle, je me résigne à sa résine, elle colle déjà à ma peau. Je cèdre à ce rejeton, peu importe qu’il me coupe l’herbe sous le pied, la vie, c’est aussi se planter…

La botanique n’est pas une science sûre, tout comme l’amour.

J'ai l'ennui


Il me tombe dessus. Et, pardonnez-moi, mais c’est un inconnu. Tu m’entends ? tu es un inconnu pour moi. peut être que tu es sourd et que tu n’entends pas car tu te colles de plus en plus à moi. C’est ça, tu es sourd, et lourd, lourd, tu es ce poids lourd qui passe dans ma vie, tu vois je ne te connais pas du tout, alors arrête.

Mon père m’a toujours dit de ne pas parler aux inconnus, mais que faire quand l’inconnu se montre insistant. Un coup de dent ? Je n’irai pas loin, tu prends tellement de place. En un seul coup de dent, ça n’arrangerait rien du tout. Regarde la place que tu prends. 

Et en plus, tu t’invites dans mon lit. Hier soir, j’ai failli tomber. Je n’avais qu’un petit quart, manquerait plus que tu me montes dessus et m’écrases. J’ai entendu dire que c’était déjà arrivé, une femme qui meurt sous le poids de son mari.

Non, nous ne sommes pas mariés ! Jamais, ne vas pas t’imaginer ça. Il est vrai que tu n’as pas beaucoup le sens de l’humour, tu ne comprends pas bien ces choses de la vie, tu es très premier degré. C’est ça le souci, je ne le suis pas. Tu m’as fait la cour, et je me suis prise dans tes filets, je pensais être forte, mais l’attirance….on m’a dit que tu faisais de nous des poètes. Voilà, maintenant, je t’ai, j’aurais préféré avoir le syndrome de la plume, tu sais, celui dont les pages s’écument…

Hé, je ne te connais pas ! et tu t’invites. Tu t’es invité. Une semaine que tu ne me lâches plus. J’ai la corde au cou, tu n’as plus qu’à tirer. Ou alors, c’est à moi de tirer. Mais j’aurais plus pied et quand tu n’as plus pied, tu sais ce qui se passe.

Silence. Les mots restent coincés, une âme vient de passer. 

Mon père disait ça aussi. Papa.

J’ai l’ennui. Oui, je l’ai, je l’ai attrapé. Moi qui pensais être si forte, si immunisée. JE l’ai attrapé, j’ai beau moucher, cracher, m’énerver, prendre des vitamines, manger des fruits et des légumes, ils disent. Ils disent. Mais quand tu es là, je dois vivre avec toi. Car tu n’es pas comme tous les autres virus. Quel intrus. Jusque dans mon intimité, mes moindres recoins, il m’étouffe pas à pas, au fil des heures qui s’égrènent .Oui, je t’ai. Je t’ai attrapé. C’est drôle, je pensais être loin de ce capharnaüm, et maintenant, c’est moi, j’ai le cafard. Je l’ai lui aussi…oui….c’est moche…il est très moche….comme toi.
Je l’ai, comme un sac que l’on porte, ou un enfant. Sauf que j’en ai pas, donc au final, je ne le sais pas.
J’ai l’ennui, je le possède ? C’est ça que ça signifie ? que c’est à moi. Mais quand on possède, c’est pour la vie, sauf si on vous le vole ? sauf s’il meurt, sauf s’il se brise en mille morceaux.  Hé, toi, c’est ça notre relation ?

Oui, autant t’épouser, au moins toi, tu me laisseras pas tomber.
L’ennui, je t’ai,
Est-ce qu’un jour je t’aimerai
Chaque nuit qui passe,
Encore davantage tu m’agaces,
Je sens ta lourdeur
Sans gêne, s’appuyer sur mon cœur,
Ma plume est las
Et les mots sous toi se cassent
On me dit « oh la nostalgique »
De la page blanche je suis épileptique,
Je me perds quand tu murmures,
Je me noie quand j’essaie de faire le mur.
Pourquoi moi ? je ne sais pas.
L’ennui, tu m’as.

Rien qu'une marguerite ?


Tu t’appelais Marguerite,

Comme une fleur et un beau jour comme elle, tu t’es fanée,

tu as éclos aux heures les plus graves et tu t’es épanouie devant l’humidité des jours heureux et tristes, sensible aux arcs qui se font parfois au creux d’une vie, loin du ciel, tu as grandi, poussé aussi haut que tu pouvais, ce qui veut dire, pas beaucoup mais assez pour entendre le bourdonnement incessant des âmes tout autour.

Tu t’es fait piétinée, oui j’étais là,  j’ai pas pu te sauver, tu sais, parfois, les pas des hommes est bien trop rapide pour qu’on puisse le freiner.  Puis tu t’es redressée, seule, ans aide ni coup de baton, seule, fière, pour t’ouvrir à nouveau à ce monde, on t’a cueilli, ce que tu avais de plus secret et de plus intime, mais tu es née à nouveau de tes graines égrenés au fil du temps.
Tu as fait du vide dans tes pétales, pour ne agrder que les plus forts, les plus sensibles, et les faibles, tu les as caressés encore plus.

Char Marguerite, tu as compté au fil des années ces pétales qui vieillissait à à chaque coup, ton pistil devenait encore de plus en plus fort. 

Ton cœur jaune a fait rayonner le soleil tout autour, en te voyant on ne pouvait que sourire. On t’a offerte quand tu ne t’y attendais pas, tu t’es laissé prendre à l’amour et tu as donné des tes pétales, on a joué avec les mots, je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout….et j’avoue, cela t’a totalement perdue. Tu ne comprenais pas les girouettes que sont ces humains, toi tu vas juste au fil du vent…quitte à perdre en route quelques pétales.

Tu t’appelles Marguerite, et ton histoire ne sera pas oubliée, car même séchée, tu restes forte de tes idées, de tes envies, jamais à court, jamais asséchée. 

Tu es bien belle Marguerite, et tu n’es pas seule dans ce champ d’herbes folles, oui, le monde est fou, oui tu as raison, oui tu penches face à cette violence et tu te rapproches du sol mais tu sais que cette terre, tu en prendras soin, quoi qu’il arrive, car il est temps de comprendre que ce sont nos racines à tous.

LE BISCORNU



Le fruit, l’inconnu,
Celui qui tend les esprits les moins tordus, ceux qui se tiennent droit et ne comprennent pas comment on peut pencher.
Chaque jour, je vois un biscornu autour du lac qui croit dur comme le fer que son corps n’est plus qu’il y arrivera.
L’homme, la femme, l’inconnu, ces quelques notes qui ne résonnent pas pareil, ces quelques notes qui fendent la toile musicienne d’un rêve aux délicates pensées. Ces quelques notes qui se jouent de tout, parfois non mélodieuses, elles assument d’être nées tordues, elles vivent ensemble et créent leur propre,  son envers et contre tous et voilà quelques oreilles qui viendront ici et là les écouter.
La biscornue, celle qu’on laisse de côté car dès bébé, elle n’allait pas dans cette société. Elle est arbre tordu, aux racines déracinées qui pleurent au beau temps et sourient à la pluie.
Chaque jour, je la vois ouvrir ses volets décadents, d’une couleur violine qui inspire au spleen. Elle le porte sur son visage, pas à pas, elle avance, et pourtant elle n’attend aucune redevance. La biscornue, qui ne pense pas comme vous et moi, qui dès l’école, voit des cafards courir sur ta table, crie quand un rayon vient percer le tableau pour s’y poser et dessiner un tout monde que celui des chiffres et des lettres. Elle est celle qui dans la cour, voulait un bisou, plus fort que tout, un bisou pour la transporter, elle jouait et se jouait de tout, elle voulait juste jouer et ne plus penser, monter jusqu’en haut de cette arbre interdit.
La biscornue.
Lui.
Elle.
Ils se croisent autour d’un lac refroidi par le péché de la vie.
Lui.
Elle.
Séparés par tant d’années, que les rides n’ont pas épargnés.
Lui
Elle.
Des histoires opposées qui s’animent de joie quand le regard ou le bruit des pas, l’un clopinant, l’autre courant se croise.
Lui.
Elle.
Les biscornus de la vie qui conjuguent leurs survies en dièse ou bémol, mais jamais en bécarre.
Lui.
Elle.
Qui sont des couche tard car la nuit se plait à leur parler, d’ennuis et d’amis.
Lui.
Elle.
Qui ne se connaissent que de silhouettes, pas bien droite, au souffle court, mais qui court, court, galope, galope, tels ces élopes de l’Amérique du sud que l’on oublie car ils sont des gens du voyage.
Pas d’accroche, les biscornus, pas d’approche, les biscornus. Animal sauvage qui sauvent du carnage une société bien trop tendue, oubliant que les racines….sont dans la terre, et ce n’est qu’en se crochetant, d’un dos moulu, qu’en y plongeant ses mains sales, que l’on ressort le plus beau des arbres, il sera tordu, mais toujours il essaiera d’atteindre la cime pour caresser les nuages.

NUIT NOIRE


Je suis...noire d'étoiles,
je peins chaque soir,
une nouvelle toile,
qui s'illumine sous un sourire,
qui se languit tel au port un navire.

Je navigue à flot,
bruyante de silence,
on me craint,
je déteins,
sur l'homme aux mauvaises mains.
On m'attend,
on m'entend
du lit où le désir se tend.
on me regarde,
on s'attarde,
sur ma couleur bâtarde.
On m'admire,
on se chavire,
sur les rêves de l'avenir.

Je me tords, parfum retors, de toutes ces âmes affamées qui errent sous mes pas, je crie de lumière, quand la douleur passagère frappe au lampadaire, un creux de destin qui fait son festin.
Le rond orangé, aux humeurs chaloupés, me fait les gros yeux, amoureux, amoureuse, je le sais, je le sais, il y a de ces signes qui ne trahissent.

Je suis cette femme, invisible, qui vous regarde, passager d'une vie, sans comprendre la violence et l'errance qui dansent, je pleure, je pleure, une larme pleine de saveur, pleine de peurs.

Le paradoxe du concombre

Lettre d'un concombre qui n'en est pas un.

Lili va de travers, la tête en l'air, un nuage accroché à l'oreille, le visage écorchée par le temps.
Lili aime les couchers de soleil mais pleure car le rayon part trop vite.
Lili aime le rouge, mais seulement quand elle rit à gorge déployée, sous un arbre.
Léo cherche le chêne le plus vieux mais aux rides sincères.

Lili aime le froid très froid, mais seulement quand elle est peu couverte.
Lili aime les chaussettes qui tiennent chauds mais seulement quand elle ne met pas de chaussures.
Lili marche toujours à gauche mais clopine quand il n'y a pas de gauche.
Léo marche sur un pied, de peur de l'effrayer.

Lili n'aime pas les mathématiques, mais aime résoudre l'équation de la vie.
Lili aime les gens, quand ils sont fantômes.
Lili aime entendre le vrai, sauf quand on prêche le faux.
Léo ne ment jamais.

Lili aime glisser sa main dans les fruits secs et la semoule de l'épicier,  un car ça lui rappelle un film et peut ainsi se prendre pour une vedette, sans en perdre la tête. Et deux, car elle l'aime, c'est tout. Il faut une raison ? Pour les autres à chaque coup, pour elle, la raison n'est pas logique si elle ne s'applique pas par le coeur.
Lili n'est pas logique, mais aime ce qui rime et la rend sympathique.
Lili rit, mais pleure, Lili sourit mais a de la rancoeur, Lili avance mais dans le mauvais sens. Parfois, souvent, pas vraiment, des fois, quand le vent tourne froid.
Lili aime descendre les escaliers quand elle sait qu'elle devra remonter.
Léo s'y perd et préfère monter à pied.

Lili fuit mais reste tout près. Lili va dans sa bulle, mais vole en noctambule. Lili joue des mots, mais se perd en maux, Lili dit blanc, mais son regard est noir. Lili dit noir, mais elle voit blanc...
Léo peint un arc en ciel.

Lili ronfle, mais seulement quand elle est éveillée, Lili ne parle pas, mais seulement dans ses songes, Lili, ça la ronge, mais seulement lors d'un faux pas.
Lili est imparfaite, mais joue l'insatisfaite.
Léo avance pas à pas.

Lili est tout, mais rien à la fois, choix du roi, elle ne prend pas la place de la reine, Lili se débat, et souvent rabat sa joie. Lili se bat, et souvent mise en bas. Lili se tait mais trace les mauvais.
Léo la voit, et c'est la meilleure des voies.

Lili se dit : pourquoi un concombre ?
Pour faire parler ?
Pour mettre de côté les décombres et côtés sombres  ? 
Léo répond : Pourquoi pas ?
Lili veut une réponse claire, mais s'invente la sienne peu terre à terre.
Lili est impatiente, mais si attachante.
l'enfant méprend le concombre à la courgette, mais la concombre de ses pépins et de son eau y voit l'opportunité d'être différent, si un jour on l'entend. On le goûte, on le sent, on le coupe, on le prend.
Le concombre accepte la méprise car le voilà sûr de sa mise.
Lili et Léo décident de se faire une salade mais seulement si la salade n'y est pas.
Lili est différente, mais pas si elle ne respire pas.
Léo l'entend, sauf quand elle tourne le pas. 




Going nowhere

J'écoute une musique,
par une nuit proche du ciel, un ciel d'automne, les étoiles se sont cachées,
des mots qui crient combien on tourne en rond, un ballon dans les mains d'un enfant.
Un regard innocent se pose sur des visages perdus.
L'enfant court, court, toujours plus loin.
Nous, on regarde dans un coin.

Mélodie nocturne,
un drôle d'animal vient me bercer,
je viens la chercher,
pour trouver un peu de silence,
dans cet esprit en transe.
Les notes s'enchainent, se jouent de moi, me portent au-delà.
Et là je me demande, la main pleine de chocolat,
que signifient ces mots sur cette page.
Moi aussi, je tourne, je prends de l'âge,
je suis blessée par les années,
on est blessé par les fausses, peu de vraies,
je suis blessée par le passé.

je compte les jours,
l'oiseau casse sa coquille,
je vole, je vrille,
premier jour la mélodie est différente,
douleur transcendante,
un beau mot, encore. Les autres ont tort,
j'écris cette lettre,
pour ceux qui prennent le ballon, et tirent loin loin.
Papa a toujours eu raison.
c'est à toi de dominer le gazon...
Toc toc, la porte s'ouvre, tu viens ?

Lettre d'une passagère au passager.