Chapeau!

Les anges se baladent de berceau en berceau et ils décident de l’étiquette de nos vies, regardez bien dans les maternités, près de ces petits cocons de verre, il y a des petites étiquettes. Certains héritent de l’étiquette « artiste ». Et ceux-là, que deviendront-ils ?
Qu’est ce qu’un artiste ? C’est une chose, car toute œuvre est une chose, c’est une chose qui vous file entre les doigts, qui s’échappe quand on essaye de raisonner dessus. C’est une chose qui vit de ses sentiments et surtout de ces émotions. Il est là et ils observent. Il est de ces personnes qui se plaisent à être en retrait, ils écoutent. Vous voyez toutes ces petites fourmis qui se traînent à gauche, à droite en se regardant à peine, elles ont besoin d’être racontées, elles ont besoin qu’on narre leurs histoires. C’est par leurs tranches de vie que l’artiste peut vivre la sienne. L’artiste donne toujours l’impression de faire des tas de choses et de se perdre. Mais c’est en se perdant qu’il se trouve. Eternel insatisfait, il passe son temps à se demander ; il se torture, n’est jamais heureux, est toujours insatiable ; drôle de condition, n’est-ce pas ? Il se doit de l’assumer. C’est celui qui crée, dit-on. Quel beau mot que celui de la création ! un fourre tout, à vrai dire, parce que dans ce cas, le premier artiste, ce fut Dieu. Dieu qui créa quoi, déjà ? J’ai oublié, j’oublie toujours tout de toute façon et encore plus ce qui s’est passé il y a tant d’années, surtout ce qui paraît faux ou alors, il a vraiment abusé, Dieu ! Bref, peut-on dire de lui que c’est un artiste tout simplement parce qu’il a créé ? Il a fait ça sous le coup de la colère, une l’impulsion, puis il s’est arrêté là. Bravo. Non, ce n’est pas en 7 jours, qu’on crée. Les jours ne comptent pas, c’est le labeur qui compte, que cela soit en 10 min ou en toute une vie, c’est le résultat, ce qu’on y met.
Voilà, pour moi l’artiste, c’est celui que vous poussez à prendre sa plume ou son pinceau, ses mots et ses peines, sa joie, ses couleurs ou ses mots, sa voix ou ses gestes. Bref, son corps, son âme et ses outils pour traduire ce que chacun pense ou ressent, ce qu’il a dans sa tête, tout ce qu’il a dans sa tête, ça bouillonne, ça fait mal, ça l’agace rapidement ; alors il doit laisser son empreinte sur cette drôle de plage de vie .
Il essaie de vous titiller, de vous charcuter. Vous aimez ou vous détestez. Si vous êtes insensibles, il n’a plus qu’à mourir à petit feu. Il a raté ce pourquoi il est né .A moins que dans son berceau, il y eu une erreur d’étiquetage, ça arrive ; dans ce cas là, il doit se rendre ailleurs, tâter ce qu’il ne connaît pas. Il n’est pas perdu, non, mais pour survivre, ce n’est pas ce qui l’attendra.
L’artiste aime s’occuper de nous, il ne pense qu’à nous. On le dit égoïste, il baigne dans son univers et c’est cela qui le rend heureux ou malheureux. Cependant, sans nous, il est néant ou presque. Il a peut-être un pouvoir émotionnel sur nous mais nous avons un plus grand pouvoir sur lui, et il en a peur, il le craint, il se débat dans cette crainte. Sa grande angoisse : la toile blanche, le trou noir ou blanc mais vide, des mains nues, des mots s’échappant, ne plus savoir pourquoi parler, comment parler, des yeux aveugles, des oreilles muettes, une voix sourde. Sa grande angoisse : ne pas pouvoir s’exprimer ; à toujours vouloir plaire, on s’y perd, c’est ce vers quoi il tire, mais à trop tirer, il s’y perd.
Il met au propre ce que les yeux de ses pairs observent sans regarder, ce que les lèvres murmurent sans se mouvoir, ce que les corps se transmettent, cette chaleur, sans s’effleurer, ce que les cuisses cherchent sans se jouer de tout. Il est partout dans vos draps, dans vos lits, dans vos bols, le matin, quand vous prenez votre café ou votre thé, celui-ci devient des récits, en eux se défilent des histoires, des contes, des merveilles.
Tout ce qui est simple plaît à l’artiste car tout l’insatisfait, il veut y mettre des couleurs, sa palette est vaste mais il ne trouvera jamais la bonne couleur, son œuvre ne sera jamais vraiment terminé, même au bout de 7 jours. Le tout c’est d’y prendre goût, on aime, on aime pas, mais on s’y plonge, il doit en donner l’envie, mais il restera toujours insatisfait…qu’est ce qu’il pourrait le combler ? ça, tout simplement.

Franchement, il est dit que Dieu créa le monde en 7 jours ! Chapeau ! Je sais pas vous, mais en vue du résultat, n’aurait-il pas mieux fait de retourner se coucher?