et tous ces noms, là, dans la mer...



Venus, Aphrodite, ou encore petit, gros jean, betty, panama, mon petit père, ocqueteau (ça veut dire quelque chose, ça ? ), jean cocteau (ah, je comprends mieux), ou encore Cousteau. Que de noms pour de telles embarcations. Elles ont toutes le nez vers l’horizon en ce jour de vent, prêtes à partir, prêtes à mener leurs maîtres dans une mer blanche et déchaînée mais si belle, prêtes à les faire vivre une aventure, peut-être qu’elles n’en reviendront pas, peut-être qu’il n’en reviendra pas. Mais au moins, elles auront fait le voyage, elles.
En attendant, elles le fixent, cet horizon. Elles sont impatientes mais elles ont peur, ça se sent, elles sont là, à droite, à gauche, enchaînées au fond de l’eau, prisonnière. C’est une bonne excuse pour cacher sa peur de s’envoler. Je suis ficelée, je ne peux pas partir, il faudrait me libérer. Mais si je te libère, partirais-tu comme tu le dis tant ? Plus d’excuses, pas de retour, tu t’envolerais comme tu le répètes tant ? Affronterais-tu ta peur de ce cher inconnu devenu notre maître mot depuis quelques temps ? Tu te jetterais à l’eau ? Tu sais la mer est grande mais l’océan est encore plus vaste.

Pizza, yoyo, yoyo, oui comme la vie finalement. La vie est une respiration constante, un yoyo mais qui le contrôle ? Martine (ça fait ferme et campagne), agence tout risque (aficionados !), perle, ou encore Clémence, ananas, le ventoux, le mollusque…Que de noms pour ces barques, bateaux, embarcations ! tous de taille différente, tous avec une histoire différente. Je me suis surprise, ce jour, à me balader le long d’un port, en ce jour de vent, à m’inventer des bouts de vie, à imaginer ce qui se cache derrière ces navires aux prénoms riches, dans tout les sens du terme, inattendus, flous, peureux, chaleureux, doux, violents et la liste est longue. Bora-bora, un souvenir lointain de vacances, peut-être une lune de miel qui s’est finalement bien passée mais le reste est moins passé, ces années de mariage vécus comme un enfermement ; alors on se souvient de Bora-Bora, on était amoureux en ce temps-là, on ne souciait pas de grand-chose, le soleil, la mer, une île, tous les ingrédients d’une série télé de mauvais goûts, mais c’était nouveau, exotique, on ne savait pas ; Maintenant, on sait. N’est ce pas Carambar ? Chose ? chose, on n’a pas trouvé de prénoms. Chose, oui car tout est ma chose, j’en fais ce que je veux. C’est tout et rien. Chercher un prénom, c’est trop compliqué, soyons original, Chose, c’est une chose comme une autre. Finalement, chacun est une chose en lui-même, un truc qui bouge sur la planète et qui la fait vivre et qui la tue un peu parfois. Mais on est là, on s’agite, on pleure, on rit, on crie, on frappe, on sourit, on regarde. Mais chacun est une chose. C’est à chacun d’être autre chose qu’une simple chose. C’est par ses actions que l’on change de prénoms, que l’on change tout court. Il ne faut pas toujours rêver, ou du moins il est temps de faire de ces rêves une réalité, pour quelques-uns, du moins. Qu’en penses-tu, Rêve, un cliché, pourquoi ? ce bateau était un rêve d’enfance, une frustration qu’on tente de réparer ? Non, c’est peut-être le rêve d’autre chose, le rêve d’un ailleurs. On est frustré, parce qu’on ne peut pas s’échapper, on ne peut pas partir. Alors on rêve et c’est avec ce bateau que l’on rêve. D’une nouvelle vie, d’un nouveau toit, d’un autre pays, de deux amants sur une plage, d’un enfant heureux sur ses deux pieds, d’un père heureux, loin de toute bouteille, d’une mère avec un gros ventre pour une fois, rêve d’un ailleurs.
Comme son voisin, le Pirate, qui rêve, avec son œil caché, le droit ou le gauche selon son humeur, de porter une épée et d’aller combattre dans ce pays imaginaire, la belle, il l’aurait, pour lui seul. On se maquille, on se déguise, c’est Halloween et les enfants adorent regarder le feu d’artifice dans son ventre. Et ils s’endorment à la pleine lune, sur la banquette, rêvant à ces pirates et à leurs navires.

Pendant ce temps, Schtroumph est mécontent, il voudrait qu’on le peigne en bleu pour vraiment le distinguer mais non. On le laisse à l’abandon. Au début, c’était marrant. Le fils avait choisi le prénom. On venait en famille, on se faisait des grillades, ça sentait bon. Mais maintenant, les années ont passé, les jeux aussi, les habitudes ont cessé. Schtroumph a le coeur brisé, il est plein de souvenirs, de rires d’enfants, de sourires de parents, d’odeurs d’huile de monoï, de crèmes protectrices, il fallait se protéger en ce temps. Maintenant, qui le protège ?
Pimponnette, tu le sais toi ? Elle n’a pas d’idée, elle est là, naïve avec un joli prénom, prête à se donner à quiconque. On lui donne un ordre, elle obéit, elle a confiance, elle, un peu trop, et on en profite bien. On ne prête pas attention à ses sentiments, elle ne se plaint jamais. Mais au fond d’elle, elle sait que quelque chose ne tourne pas rond. Elle ne sait pas quoi alors en attendant, elle danse.
Mais le sombre Roland, de son côté, sait ce qui se trame. Tous les deux jours, Yolande vient pleurer sur lui. Le souvenir est trop lourd à porter alors elle se confesse. Elle aimait tant son roland. Pourquoi est-il parti si vite ? Pourquoi ? Personne n’est là pour lui répondre. Alors elle souffre, pas trop en silence, car ce bateau, c’est pour lui qu’elle le garde. Elle ne sait même pas comment le démarrer ; Son sort est jeté, il restera à quai, mais il restera comme une tombe sur la mer, celle de son mari qu’elle a tant aimé, qui aimait tant la mer, que la mer a décidé de garder.
Cette histoire fait toujours trembler Aramis, malgré ses valeureux exploits, quand il la voit, cette yolande, il aimerait venir à son secours. Mais pour faire quoi. Ce qu’il fait de mieux, c’est manier son épée. Que peut-il faire d’autre ? Portos, son pote, lui jette un regard aussi impuissant que lui. Mais les gars, si on cherche bien, la compassion n’est pas chose difficile. Certes, vous savez manier l’épée, mais qui y’a-t-il en dessous de cette épée, en –dessous de cette ferraille. Un cœur ? Oui, un cœur.
Le Solitaire, lui, il sait ce que c’est le cœur. La belle est partie, un jour, en lui donnant une claque. Elle a trouvé un ailleurs qui lui correspondait mieux avec qui elle voulait faire sa vie ; Lui, cet autre, il était prêt au moins à vouloir lui donner ce qu’elle voulait. Des couches, des cris, du bonheur à 3 ou plus, une stabilité, un travail, 4 murs et un toit. Alors que lui, le solitaire, il voulait lui offrir un vie d’aventures, de lendemains inconnus, de peurs, de combats, de voyages sans accusés de réceptions, des lettres sans destinateurs ; Mais lui, qui a toujours eu le statut de solitaire, comment pouvait-il faire ce pas en avant, il en avait si peur ! Rien que d’en parler, il se sentait étouffé. Et alors ? c’était si compliqué que ça de lui expliquer, de lui avouer tes peurs comme dans un parloir, une heure avant de mourir ; Maintenant, la belle, elle est partie. Sur ton bateau, te voilà à nouveau seul, seul avec ton bateau.

Et puis, il y a celui, tout jeune, sans nom, malheur, il sera maudit, il faut lui trouver unnom. Mais il n’appartient à personne, il est libre. On ne sait pas d’où il vient, ce qu’il fait, ce qu’il veut. Il est là, fixant l’horizon. Il pense, il pense loin. On ne sait pas qui il est, on ne sait pas où il va, mais il y va. Il a certainement plein de rêves, il va les réaliser, une partie. Peut-être les réalise t-il déjà ? C’est vrai ça, on peut tout imaginer, on peut tout inventer sur lui, on peut tout rêver, on peut tout changer, on est libre sur ce bateau, celui qui n’a pas de nom, on est libre de faire son chemin, c’est peut-être ça, qu’il attend, quelqu’un comme lui, sans nom, il ne sera pas maudit, il a certainement un nom, comme nous tous mais il n’a rien fait pour faire de son nom un vivant dont on se souvient. Alors c’est sur ce bateau que son prénom prendra vie, c’est sur ce bateau qu’il deviendra ce qu’il a toujours voulu mais jamais tenté, c’est sur ce bateau qu’il sera réellement…