Pour le pire et le meilleur...


Ça y’est, ce jour est arrivé. Je n'aurais jamais cru que ce jour arriverait dans ma vie. Je me suis toujours sentie laide, à l'intérieur comme à l'extérieur. Qui voudrait de moi ? MAis c'est arrivé. Là, je ne peux plus faire marche arrière. C’est bizarre, il fait si beau mais je me sens si mal, si angoissée. J’ai l’impression d’étouffer. J’ai mis ma plus belle robe, c’est normal, il faut se souvenir de ce jour, il sera « mémorable » dans ta vie, ma chérie. Normalement, si tout va bien, tu ne le feras qu'une seule fois. Oui, très bien. J’écoute, j’accepte. Elle est blanche cette robe. Pourquoi ? C’est la coutume ? Peut-être, mais c’est vrai, j’aurais pu faire ce pas en noir, c’est beau le noir, odeur ravagée, chic, discret, mystérieux. Ou en rouge, rouge comme le sang, comme la vie. Rouge. Rouge. Ça résonne, ça va laisser des traces, je ne préfère pas, cela fera sur emploi. Non mais en blanc, c’est aussi parce qu’en blanc, j’ai l’impression de retomber en enfance. J’associe le blanc à l’innocence, peut-être à cause de la musique des mots, de leurs rimes. J’associe la blanc à l’envol, s’échapper, à la pureté, à la simplicité des choses. Rien n’est simple pour moi. L’envol. Quand j’étais petite, dans ces moments, je regardais par la fenêtre et je priais pour être comme eux, comme ces papillons, libres, butinant de fleurs en fleurs. Ephémère et le sachant profitant de ces petits moments de bonheur pour voir le maximum de choses. Ils ne reviendront plus jamais dans ce coin, sur cette fleur. Alors il faut profiter. Puis ils s’enfuyaient loin, tout là-haut. Je n’ai jamais vu de papillon blanc. Après ce jour, je deviendrai un papillon blanc. Tout sera plus clair, ma vie retrouvera un ordre, une stabilité, une simplicité, celle de l’enfance.

J’angoisse. J’étouffe dans cette robe, elle me va un peu serrée comme la vie en ce moment. Mais après, cela sera différent, cela sera comme dans les romans. Je vais pouvoir partir et habiter une autre maison. Je serai loin d’ici. J’en ai fait le vœu. C’était minuit, dans la paille, la nuit. Oh, une étoile filante, oh fais un vœu ! Il semble se réaliser ou être en bonne voie pour le moment.

C’est un jour tellement particulier aujourd’hui. Beaucoup de jeunes filles et de jeunes garçons passent ce cap. J’ai décidé de faire comme eux, moi, qui est toujours refusée d’être « normal », c’est d’un poétique « normal ». Oui, non, je ne suis pas normale, je suis moi, qu’on m’accepte, ou qu’on me rejette mais qu’on ne me touche pas, ou plus. Qu’on ne me salisse pas, ou plus. Je veux être en blanc. En blanc.

Je suis dans ma chambre, seule. J’ai demandé à ce qu’on me laisse tranquille, pour me préparer, pour me calmer. Dans quelques minutes, je vais ouvrir cette porte, et je vais descendre les escaliers. Cela se passera sous le chêne, dans la colline, près de chez nous. C’est un arbre symbolique. Théoriquement, il représente la stabilité, la force. Il me rassure. Son écorce chaude et vieille en dit long sur sa vie et sur la mienne. Petite, je voulais faire comme les écureuils, m’endormir au creux de ses entrailles, au chaud, sur le nid de ses feuilles. Alors il m’engloutirait et j’atterrirais dans un monde tout nouveau, étrange, attirant. C’était là, où je l’avais rencontré, c’était là ou je m’amusais, enfant, c’était là où j’ai connu mon premier amour, c’était là où j’ai décidé de franchir le pas. Mon premier amour. Amour de jeunesse, C’est amusant, je pensais qu’il serait l’amour de ma vie, le seul, l’unique. Une princesse et son prince charmant. Quelle connerie ! et non, ce n’est pas avec lui que je passerai ce jour de contrat.

C’est l’heure, la porte s’ouvre, je me glisse sans bruit de l’autre côté. J’angoisse, c’est un grand jour, petite cérémonie mais grand jour. Je ne voulais pas faire de ce jour un bal, pas de cotillons, pas de mille « merci », pas de milliers de visages. Simplicité, c’est plus beau. Je m’avance, jusqu’au chêne. J’avance seul. Mes yeux voient se défiler devant eux toute ma courte vie, tant de souvenirs, heureux malheureux, mais j’ai oublié beaucoup, on ne peut pas se souvenir de tout, c’est triste.

Je suis là. Pas de retour. J’ai du mal à parler, mes lèvres semblent ne pas vouloir se mouvoir. Je suis émue. Pas de retour. J’esquisse un sourire, un dernier regard aux alentours, après cela, je ne serai plus la même, c’est sûr. Je regarde devant et je murmure « oui, je le veux ».

J’ai retrouvé ma fille allongée, près d’un arbre. Elle souriait. Elle était si belle, elle rayonnait, elle semblait si légère. En blanc. A côté d’elle, j’ai retrouvé un verre, deux boîtes de somnifères, vides, complètement. Il n’y avait plus rien à faire. C’était son choix, je pleure. des larmes pour elle…