Histoire d'une gare

Ça tonne,
et elle tremble,
sa voix qui résonne,
ça tonne,
et elle tremble,
son corps qui résonne,
ça tonne,
et elle tremble,
son fantôme qui résonne.

...

Alors tout lui semble,
à ses tristes yeux,
marécageux,
comme lors des adieux,
dont, mes aïeux !
elle ne peut pas se faire,
ni s'en défaire.

Mais elle tourne son regard,
et perd son air hagard,
quand devant elle,
à l'emportée,
se dresse une hirondelle,
bien éhontée.

Alors qu'elle se perdait, dans les méandres,
d'une gare isolée, aux couleurs ambres,
d'un soir d'été,

elle observait,
tous ces visages,
qui attendaient,
 impatients,
d'être emportés,
loin de cet orage,
les habitant, les hantant.
L'affichage à la volée,
pour ces prisonniers,
désirant un meilleur destin,
ou tout simplement un noveau chemin.
elle s'amusait
à lire leurs pensées :
comment annoncer la nouvelle ?
j'ai envie de la retrouver...
je suis fatigué...
je me sens pousser des ailes...
....
que de mots,
que d'instants,
que de temps,
que de maux.
Elle les voit fébriles,
et habiles,
jouant de leurs bagages,
et parfois bien peu sages.
Des sourires effacés,
des baisers discrets,
des larmes enfouies,
des yeux humides,
un corps endormi,
des espoirs torrides,
des souvenirs, des rides, des rires, rien d'aride.
et là l'heure de liberté, plus d'arrêts,
on se précipite, on s'irrite,
elle reste seule, sur ce quai,
elle reste aux aguets, pour ne pas se jeter dans la gueule,
oui, celle du loup, qui a bien du goût.

...

et c'est alors qu'elle arrive, sans dérive,
cette hirondelle, elle lève les yeux au ciel,
c'est peut être tout simplement elle,
elle se déchaîne, s’enchaîne,
perd pied, revient, repart, jouent,déjouent,
elle n'est plus elle.
non, c'est son histoire...
cette gare...