La rescapée


Hier, il m’a été donné,
Le mot radeau,
Un cadeau,
Que j’ai soudain empoigné.

 
Livret 1 :

Une petite fille,
Ayant perdu aux billes,
Se retrouva un matin,
Avec dans les mains,
Des grains de passé,
Qu’en vain elle retirait.

Elle se réveillait,
Dans une eau embrumée,
Sur un radeau,
Qui le long des flots,
Ne cessait de voguer.

De rien elle ne se souvenait,
d'un rien elle lui en voulait,
mais elle était décidée,
à se laisser porter.
 
Livret 2 :
 
Un escargot,
pas très gros,
se baladait,
sur son pont,
quand il fut brisé,
et de déraison,
il se vit tomber,
et sa branche emportée.
 
Livret 3 :
 
Un jeune poisson rouge,
assez maladroit,
naviguait jusqu'au détroit,
où les guerriers sages,
lui avaient promis un trésor,
qui lui vaudrait des écailles d'or.
Quand il vit le frôler,
ce radeau peu tranquille,
se déguisant en île,
à vive allure passer.
Il entendait une jeune voix,
comme portant une croix,
qui demandait de l'aide,
cherchant l'abri d'une pinède.
Curieux de nature,
il se jeta à l'aventure,
oubliant sa mission,
suivant cette odeur de fruits de passion
 
Livret 4 :
 
Un jeune lion,
aux yeux verts,
au pelage velouté de désert,
se désaltérant au creux du ruisseau,
eut un soubresaut
quand, sans aucune raison,
il vit ce radeau débouler,
et tout droit se diriger,
vers la cascade dite du mortier,
où les plus braves aventuriers,
ont péri sans vergogne,
là où le soleil cogne.
Il abandonna sa besogne,
et suivit cette embarcation,
à l'odeur de passion.
 
Livret 5 :
Un vieux rouge gorge,
jouant à l'avion,
et bravant l'horloge,
vit sa course entravée,
quand il vit cette aimée,
seule sur un radeau,
prêt à couler,
sous son triste fardeau.
non, il n'était pas une fée,
mais cette fille du conte,
ne pouvait s'envoler,
il en aurait honte.
Elle devait terminer,
ce chemin bien trop court,
qu'elle avait commencé.
 
De tous ces livrets,
je ne délivrerai
que le dernier,
le plus fieffé,
celui de mon destin,
quand je me réveillai ce matin.
 
A la cascade je suis arrivée,
à ma vue, j'ai senti le danger,
mais je n'étais pas seule,
et pas prête à donner mon linceul.
De tous ces êtres,
oui, bien entourée je l'étais,
j'ai ouvert ma fenêtre,
et je m'y suis jetée.
De mon coma réveillée,
j'avais peu de souvenirs,
des visages, des sourires,
seulement ce radeau embrumé,
une eau risquée,
une sirène curieuse
un ange qui volait,
un branche fiévreuse,
un habile gardien,
m'attrapant la main.
 
Certainement pas le radeau de la méduse,
car de rien je n'étais médusée,
de tout je me sentais apaisée.
à ma fenêtre que rien n'use,
un rouge gorge, aux yeux verts, au pelage d'or, sur une branche en colimaçon...