Le Bon Vieux Marin

-S'il te plaît Papa, je n'arrive pas à dormir...

-Encore ? Mais tu la connais par coeur !

-S'il te plaît...
et je ne ferai plus aucun bruit,
si ce n'est dans mon sommeil...
et puis au réveil,
j'attraperai de meilleurs fruits...

-Tu en inventes des choses,
toi pour avoir cette histoire...

"Hého!"..."hého!"..."hého! "
Son cri venait de loin,
d'un océan bien lointain,
ces quelques fiers mots,
qui toujours peignent,
la puissance de son règne.

La rumeur courait,
Le Vieux Marin,
qu'il s'appelait,
oui, le vieux marin,
mais peu osait,
s'y confrontait.

A l'horizon,
il se dressait,
face à sa maison,
la seule qu'il connaissait.
L'eau n'avait pour lui,
aucun secret,
il lui faisait envie,
et jamais ne le frustrait.

Ce vieux marin,
il se plaisait à voguer,
sur de profondes marées,
souvent le matin,
il regardait avec émotion,
et aliénation,
le soleil se lever,
sans aucun regret.
Pour rien au monde,
il n'échangerait
ce silence nacré,
cette belle ronde,
que cette boule jaune formait,
toujours amusée,
toujours aux aguets,
avec un ciel médusé.

Sa journée variait,
au gré des humeurs,
et souvent des couleurs,
de ce vent fier,
de la lourdeur de l'air,
et de la fatigue de la mer.
Il ne craignait pas,
les dangereux pas,
que lui offraient ces chimères.

Affrontant parfois,
souvent dans le froid,
une légère mutinerie,
sa flamme le titillait,
et il sautait sur sa barre,
même dans le brouillard,
criant des mots peu fleuris.
Le soir,
quand sonne le tard,
il allumait,
un petite bougie,
qui lui tenait la soirée,
et devenait son ami.
Les cieux rosés,
reflétant sa peau basanée,
réveillaient ses rêves,
mourant sur la grève,
et il prenait enfin le temps,
aux bruits aboyant,
de s'abandonner,
d'imaginer,
le prochain  doux monstre,
qu'il rencontrerait,
et....

-Quel monstre, papa ?
-rho, tu devais pas t'endormir toi ?
-quel montre, papa !!!!

La baleine à la peau dorée,
le dauphin à l'oeil coquin,
le rouge gorge au chant marin,
la sirène de la matinée,
le requin végétarien,
le poulpe parlant latin,
l'orcq aux couleurs arcs en ciel,
la méduse aux fines ailes....

Mais chaque bon marin garde bien serré, à la nuit tombée, quand le sommeil vient l'emporter,
un petit livre, qu'il remplit ivre, ivre d'images, ivre de rage, ivre de frayeur, ivre d'aventures, ivres de ferveur,
ivre de lecture, ivre de vie, tout simplement. ivre de vie, ah oui, ça il l'était ce bon vieux marin...d'ailleurs il est temps d'aller le rejoindre dans tes rêves...il t'attend sur la rive, à cette heure tardive...

-tu l'entends ?

"hého...hého...."