Phare de mon enfance

Un point à l'horizon,
devenant notre maison,
il nous guide,
sans être druide;
vers un chemin,
peut-être plus certain,
pareil à ce tunnel,
qui naît à la mort,
coupant nos ailes,
quand celle-ci mord.

Des briques qui se dressent,
des terres qu'on délaisse,
où atterrir ? où revenir ? 
Il nous protège,
et souvent nous allège.
Petite, je m'y cachais,
et rêvais d'être emportée.

Que se passerait-il si,
sans cacophonie,
de lassitude,
et de solitude,
il s'immobilisait,
et s'éteignait.
L'espoir s'effacerait,
mon cœur de gamine,
aurait mauvaise mine,
face à mes rêves épuisés.

De tout en haut,
je les voyais arriver,
ces navires si fiers,
aux allures abeillères. 
Je les imaginais m'emporter,
au bras du capitaine,
moi la reine,
prête à voguer. 
Je m'endormais,
bercée par le vent,
qui jamais n'attend,
que ton âme soit apaisée.

Un brin méprisant,
mais tant de responsabilités,
jamais il ne regrettait,
ce labeur lancinant. 
Restant de marbre,
devant ces vagues qui l'attaquaient,
ce n'était qu'une façade,
aimant être caressé.
L'écume blanchâtre,
lavait ses peines jaunâtres,
laissées par le temps,
et les corps irritants. 

"Une vapeur sulfureuse le rendait, un bel et doux étranger, délicatement mystérieux, légèrement vénéneux, prompts aux légendes, nées dans les landes. 
La petite fille restait fidèle à l'écume impétueuse, ses yeux fougueux, ses larmes séchées, englouties par la mer, rien qu'on ne déterre, des souvenirs gardés, un phare bien chargé."

"La petite fille en était la plus secrète conteuse, aujourd'hui vous verrez son fantôme libéré, traîné ici et là, habitante des lieux, personne ne s'aventurant, dans sa demeure aux pieds forgés, maîtresse de la lumière, on l'aperçoit, la nuit tombée, sans aucun danger, elle fait le tour, des va-et-vient, souvenirs de son enfance...la visite est maintenant terminée, j'espère que vous avez apprécié. Bonsoir et et au revoir..."