La face cachée....

...d'une lune par les chaudes chaleurs,
d'une nature à la fleur,
oui, mais de quoi ? oh désir, à fleur de peau,
qu'un monde nouveau,
de loup-garou et de fées,
vient enfin parsemer.
Il y va de batailles et de pagailles,
une affaire de bagatelle pour certains,
au dedans, pour moi de jeunes lendemains,
je préfère à la vie mes rêves de paille.
Je vois devant moi défiler,
des étrangers et âmes passagères,
dans ce parc autrefois de bergers,
je sais bien que cette liberté est éphémère.
Je m'amuse seule, ou presque, sur mon banc,
les adultes vont et viennent,
pour eux, je suis comme une reine,
ils me sourient et s'étonnent,
au loin le tonnerre gronde,
je sens en moi monter un flair monotone.
ma mère m'observe comme un animal sauvage,
j'aimerais discourir de cette tempête qui fait rage,
mais elle ne voit pas ce ciel noir,
qui arrive comme un fil sur le tard.
Les mots de moi se sont échappés,
les lettres sont une partition perdue,
mes lèvres se sont tendues,
mais la vie en moi s'est scellée.

Mon enfant est muette,
à la naissance, elle a refusé de crier,
comme un acte de rébellion contre une mère décriée,
mon enfant demeure muette.
Je la regarde sur ce banc, 
ses yeux narrent des histoires,
se dévoilent tels des miroirs,
mais rien, rien, oh mal à l'âme, je me rends.


....d'une lune rousse,
éveillant les jeunes pousses,
intimidées par tant de beauté,
un rond au couleurs rouges,
un visage édenté,
qui se reflète dans la gouge,
qui faisait mon métier,
il y a encore quelques années.
Je me perds à rêver,
aux loups garous et aux fées,
je me souviens clair et léger,
de cet enfant que j'étais.
J'aimais, oh sans aucun arrêt,
oui, j'aimais, j'aimais cette petite fille,
assise en classe de campagne à mes côtés.
Dans la cour glissaient les billes,
aux couleurs folles et variées.
Mon premier cadeau que je lui ai donné.
aujourd'hui, des souvenirs mais un visage qui crie pitié.
Je suis seul sur ce banc,
je ne veux plus parler,
les mots en moi se sont tus,
quand le temps s'est éperdu,
la vie devant moi défile comme une fresque,
des moments burlesques et pittoresques,
scellés à jamais dans un esprit qui m'échappe,
Oh tant d'envies, mais tout dérape
quel sacripant ! 
oui, je me rends.
...les images, les visages,
la rage, les pages,
se déchirent,
quittent mon être,
se jettent par la fenêtre,
je ne reconnais plus cette femme à mes côtés,
elle me scrute de ses yeux noirs,
je me sens encerclé de toutes parts.
Mon corps, oh ce corps si distant, me joue des tours de fieffé.

Mon père ne parle plus...
m'entourent deux inconnus...
La face cachée de la lune,
mon sourire allègre et amer ment,
Ciel horripilant, navrant, ballant, je me rends ! 
je crie tout en haut de cette dune ! 
je suis seule, ou presque sur ce banc,
j'aimerais leur murmurer combien je les aime,
mais je ne suis pas sûre qu'ils entendent,
les mots que les journées leur tendent...
Leur regard vit, il est plein,
j'aimerais prendre un train...

J'aimerais prendre un train...

J'aimerais prendre un train...

Partir,
sourire,
rire,

il m'oublie,
Ils oublient
j'oublie


Mon grand père a le regard triste,
passager d'une journée bien égoïste,
point de soleil vert à l'horizon,
juste un peu d'or en parcimonie sur la toison,
d'un ciel capricieux,
et de nuages pernicieux.
Je lui jette un oeil,
il me sourit,
il ressent comme moi, il se languit,
devant une vie pleine d’écueils...

Ma fille joue avec une peluche à l'oeil pirate,
aux lèvres et aux mains moites.
Ses yeux se baladent impuissants,
se posent sur le visage de mon père,
les mots tournent tournent trépidants,
dans un silence qui devient de plomb,
nos trois lunes errent,
nos trois faces sont bien cachés,
alors je regarde devant à l'envolée,
sans prier pour un nouveau son.

Pourquoi cette petite fille me sourit ?
elle a les yeux verts,
elle me rappelle de loin,
malgré mes pas dans le désert,
Lili, oui, un prénom si joli.
alors je lui souris en coin. 

Sous la lune passe un musicien,
sur le banc, trois personnes tournent leur regard,
et écoutent sans un mot cette chanson de gare,
et prennent ainsi le premier train....