La marionnette et son fil....

La marionnette a la vie dure,
glissait l'enfant à sa maman...
Mais non, chéri, elle n'est faite que de bois,
le bois, ça ne ressent pas...
Mais l'enfant ne comprenait pas...
A ses heures rebelles,
il refusa de jouer avec elle ;
Puis la nuit tomba,
et endormit les faux pas.

La marionnette :
pourquoi me donner un nom ?
Je ne vois jamais les saisons,
je ne suis personne, personne...
quand je le dis, dedans, ça résonne,
impunément, dans le vide,
on me croit impavide.
Je suis née dans un atelier,
aux murs qui me raillaient,
avec d'autres jouets,
à l'esprit mal tourné ;
parfois par la fenêtre,
papillonnaient deux ailes,
vite chassées par mon maître,
ainsi je retournais à mon rituel.

L'enfant dans son lit se retournait,
elle revenait alors inanimée. 

La marionnette : 
Ces fils tirent affreusement mes bras de bois,
je ne connais pas sur mes durs doigts,
la loi des grands hommes,
qui parlent le plus souvent de bâtir Rome.
Ils, eux, ces visages inexpressifs, se murent dans des rêves,
La plupart les oublient, et se meurtrissent dans leurs veines,
mais si on prête attention,
à ma face de renom,
mes traits changent,
si mon chêne dérange,
mon coeur n'est pas de marbre,
on peut peut-être parler d'érable,
cette douceur médecine,
que certains lésinent
.
Moi aussi, si pauvre que je suis,
je ne veux pas être pantin toute ma vie,
au delà d'espérances fortuites,
je rêve comme vous de destins,
de déroutes et de fuites,
d'aventures, de ruptures,
oui, sous un ciel battant, je rêve de lointain.

Me transformer en deux pieds, peu commun,
attraper à la volée quelques couleurs au teint,
briser ces fils qui me viennent d'un dieu méconnu,
braver ce que vous craignez,
chercher ce que vous rebutez,
vous vous plaignez d'interdits,
vous jouez les abasourdis,
mais regardez moi, regardez moi !
est ce une vie que de vivre accroché,
empoigné et obligé par la pierre et le jeu,
"Cher Gepetto,
je te vole les mots,
que tu ne m'as point donné,
certes, me voilà bien courronné,
tu es gentil, bienveillant,
mais je vacille, hésitant,
mais je fuis, je chahute,
sous cette cage dorée de hutte,
les chaines ont été enfoncées,
et il est temps de me dérober"

"Cher enfant,
si doux, s'endormant,
demain tu ne me verras plus,
ne sois pas déçu,
la vie ici me déplaît,
sois unique,
suis la musique,
vis lyrique,
vois magique,
tout n'est qu'illusion,
les fils sont protection,
mais tu en pers ton âge,
à être trop sage,
on meurt sans être né,
adieu cher enfant,
après tout, je ne suis qu'une marionnette,
on dit tout et rien de ma tête,
mais pas une chaire se trouve à l'intérieur,
je préfère le chemin rieur,
inaugurer pleinement enfin cette peur,
je bascule,
plus ne recule,
bonne et douce nuit...
et beau lendemain humide..."

L'enfant ouvrit les yeux,
se frotta les cils,
par terre et bienheureux,
seulement quelques fils...