L'inconnu derrière ma porte

Les portes vieillies claquent,
quelques enfants jouent avec les flaques,
le vent s'est levé,
le ciel s'est tu,
je le sens de noir vêtu,
son souffle court et régulier.

Je me laisse tomber,
le long d'une porte tremblante
toutes ces lucioles rampantes,
qui en vain viennent me chercher ;
j’entends mon coeur lâché,
et les destins se croiser.

Je le vois m'envelopper,
de son manteau auréolé,
je crains d'un côté sa froideur,
et de l'autre les flammes de son ardeur.
Imprévisible,
au teint illisible,
une faux ballante,
une mauvaise rente,
il me tire de mon foyer,
quand les ponts se sont écroulés,
je ferme les yeux bien fort,
car les anges ne sauraient avoir tort,
se convaincre que ce n'est qu'un passage,
moribond visage,
l'horizon descend de plus en plus bruyamment,
les couleurs se ternissent de plus en plus rapidement,
je crie,
rien ne sort,
je crie,
en vain l'effort.

On me prend, ce que j'ai du plus précieux,
le regard de l'hôte pernicieux,
sans une pointe de vergogne,
il feint l'ivrogne,
ivre, ivre,
oui, voilà ce qu'il me faudrait au coeur,
pour oublier la fadeur de ses saveurs,
ivre, ivre...

L'inconnu de la porte s'invite sans sommation, dans un antre sans finition...
Prier en vain,
le regarder, forcée,
le repousser en vain,
l'entendre, forcée...

Puis il referme la porte,
mais mes veines restent ouvertes,
puis il claque la porte,
je ne jouerai plus dans les flaques...