L'Indécise

Je tourne à droite,
mais on me surnomme la maladroite,
toi lune d'un jour, tu souffres,
au loin tu aperçois ce doux gouffre,
quand vient promptement le matin.

Tu te brises alors les reins,
et volage, tu te volatilises des regards,
tel un aigle au bec hagard,
tu reviendras quand la brise s'en ira,
les matelots crieront "jetez l'ancre"
et tu vivras comme un cancre,
paresseuse et insubordonnée.

Mais que dis-je ? je divague,
retenant ainsi l'orage,
je t'ai laissé, mon amour, la bague,
une dague qui ne fut pas, je l'avoue, très sage.
je tourne à gauche ?
oui, où se profilent fièrement les roches,
d'une enfance captive,
d'un lien précoce,
féroce,
hostile,
naive,
quelques cils,
et je ferme les yeux,
est-on ainsi plus heureux ?

je ne sais pas, je ne sais plus,
l'inconnu, tu dis, l'inconnu ?
mais que crois-tu pardi,
tu ne vois pas que je nage sans fond ?
les croyants parlent de paradis,
leur chemin ne tourne pas rond ?
je coule, je coule,
la vie se déroule,
l'eau se joue des formes et des idées,
mes souvenirs prennent le large,
je laisse éclater cette rage,
droite, gauche, je suis en apnée.
Mon amour, peux tu encore m'aider ?
non, tu as rejoins un ciel,
je t'ai vu t'en aller à tire d'ailes !

Me voilà devant une porte,
rester là, sans rien décider, comme une morte,
même son corps serait plus vivant,
que mon esprit si méfiant...
une ancienne citadelle,
ou juste un château bien fidèle,
je crie, j'exhorte,
je ne veux pas et pourtant...
à droite, à gauche, s'enfuit le temps...
à droite, à gauche, prend le fil,
vas, vis, deviens, des mots immobiles,
vas, vis, deviens, un nouveau train m'attend...