Monologue : la petite révoltée

Et ainsi, ça en est fait !
je les vois là-bas tous au loin voguer.
Lui, impatient, il m'a laissée sur la rive,
Lui, renaissant, il m'a abandonnée pensive.

Alors oui, je me révolte, je me révolte haut et fort,
ce mot qui demande pour certains tant d'efforts,
je le prononce comme si de rien n'était,
car la vie n'est pas un conte de fée.
ah ? vous ne le saviez pas ?
j'en suis bien désolée,
cela vous laisse coi.
Je vous vois arriver !

Chut, elle est folle, là seule sur son banc,
Surtout ne l'approchez pas, elle pourrait mordre,
autour d'elle que de désordre ! 
elle a perdu sa tête avec le temps ! 

Même si c'était le cas,
qui pourrait m'en vouloir !
la vie vous rend fou,
la vie toujours se joue,
la vie souvent vous fait boire,
sa potion de rapia !
Elle vous vole jusqu'à vos poches,
oui, oui, oui, je lui en veux !
et parfois je lui confie mes aveux,
mais elle n'en a que faire,
et m'ordonne de me taire !

Je revois cette enfant à la sacoche,
si insouciante,
si affolante,
si belle,
si légère,
mais...
si éphémère,
fragiles ailes,
si errante,
si béante,
pleine d'espoir,
aux milles et un histoires...
Elle seule en avait les clés,
qu'à personne elle ne laissait.

Derrière son miroir, elle voyait une autre monde, dans lequel elle se repliait quand tapaient les bombes, elle y portait une agréable robe...
Derrière son miroir, elle était protégée, des malades et des ombres, un mélodie au creux du lobe...
Derrière son miroir, jamais elle ne trébuchait.

Des crises d'angoisse,
qui détruisent mes paroisses,
je ne veux pas respirer,
mon corps m'abandonne,
il déclare forfait,
saltimbanque de madonne,
tu te crois malin,
alors oui, je crie dès le matin,
je me sens vide,
vide d'émotions,
vide de passions,
je me sens vide !
quoi ?
pourquoi vous me regardez de cet air coi ?
vous voulez une photo ?
comme à l'époque de rétro ?
c'est ce que je préférais,
j'aurais certainement aimé ces temps effacés,
oui, sincèrement, la vie semblait pleine d’insouciance,
on se posait moins de questions !
moi, j'ai des labyrinthes dans la tête,
qui toujours les jours font la fête,
et me font tourner en rond !
ah, regardez vous, bande de chacals,
quoi ? de la défiance ?
je vous défie ?
et alors, tout le monde en fait fi !
oui, oui, c'est tellement plus simple de se mettre sur la figure un châle,
ouh ! le châle de la honte,
cette envie qui monte,
ce mal qui ronge,
oui, oui, c'est vrai, chaque jour, je songe,
à tout ce qui pourrait être derrière ce miroir,
ça apaise, là, à l'intérieur, là où tout boue.
je commence à dérailler, et à ne plus rimer,
voilà, voilà, la crise va arriver,
alors je préfère me taire,
et rester derrière cette vitrine comme un chimpanzé que l'on va observer et ausculter,
tout est bon à prendre ?
j'en sais rien, je ne veux rien entendre !

on dit que les muets,
ça ne peut pas parler,
mais ça les empêche ni d'aimer, ni de s'animer,
de ce qui fait...l'humanité....
parfois, j'aimerais juste être aimée,
c'est pas si compliqué ?