Monologue : Amnésique

Douce nuit...
je t'oublie,
ce sont tes mains ?
je ne sais plus,
j'ai oublié le matin,
tout joue l'inconnu...
Que se passe t-il à ce train ?
est-on plus serein ?
plus serein....
quand on oublie,
quand on s'oublie,
quand on vieillit,
quand on écrit...

J'écris pour ne pas sauter le pas,
et rattraper le trépas,
ma mémoire se fait magicienne,
quand mon teint devient blême,
mon petit doigt tire à gauche,
je mets des petits papiers dans mes poches...

c'est mon secret,
comme les cailloux du petit poucet,
sur chacun de ces bouts,
au bout, pas de loup,
juste quelques mots,
pour éviter le chaos,
car à l'intérieur, pas de repos,
ah, le temps a bon dos !

on se moque de mes os,
on me prend pour un sot,
mais je connais très bien le chemin, je ne suis pas un sage,
non, malgré mon grand âge,
j'ai déjà l'allégresse, pourquoi voulez vous me farder de la sagesse ?
je ne troquerai pour rien au monde mon âme d'enfant,
la seule qui n'est pas immonde,
et qui reste par delà le sang,
qui traverse les saisons,
sans se lasser des floraisons.
On se moque de mes os,
on me prend pour un sot,
Oh mon dieu , je me répète, n'est-ce pas ?
non, ne mentez pas,
chez moi, rien ne se jette,
on est ce que l'on est, vous ne croyez pas ?

je vous ai parlé de mon secret,
celui que l'on prononce à demi-mot ?
on me dit sot.....non, je suis juste amnésique,
ma famille, non, j'en n'ai pas,
j'aimerais juste compter mes billes,
avant mon trépas.

des visages approchent,
j'ai aimé dans le passé,
des têtes se hochent
ça y'est on vient me faire la bise,
je préfère écouter la brise,
je n'ai que faire de leur histoire, ils tentent de m'émouvoir,
moi, des petits-enfants ? mais ma vie vient de commencer,
j'entends à nouveau son chant, tous les jours quand je m'assieds,
sur le rock-in-chair dans lequel elle s'amusait à se balancer,
elle avait des cheveux longs, blancs, purs,
comme son coeur,
on m'a dit que je me trompais, mais on me jalousait,
elle avait un regard si sûr,
et jamais ne fut-il un leurre,
je me souviens de ses mains,
si fragiles et tremblantes à la fin,
elle me manque,
notre vie de saltimbanque,
je me souviens, je me souviens...
comment ?  me direz vous ?
souvenez-vous ?
le Petit Poucet,
sous mon oreiller,
je garde bien au chaud,
la plus belle de nos photos....