monologue : les monstres

Petits, grands, la nuit...
ils sentent quand je faiblis...
les enfants guérissent de leurs maux,
les monstres sont parfois bien sots !
mais qui sont-ils ?
ils se montrent très habiles,
quand vient le soir,
ils se cachent dans les tiroirs,
et les recoins de notre mémoire.

Je les vois se balader,
je les vois sur les murs danser,
dans les miroirs et les armoires,
je m'empêche de gémir,
sous les draps, ils ne me trouveront pas,
je les entends sourire !
car ils sont bien narquois,
il faut le savoir, petits enfants,
il faut le savoir dès le plus jeune temps...
Ils veulent mon sang, ma peau,
me mettre à nu,
me prendre ce que je suis,
mon sang, ma peau,
ma chaire, ma chaire nue,
et je ne suis plus...

ils sont malins et sournois,
et habitent votre toit
sans autorisation,
faisant fi de toute permission,
ils prennent du plaisir à vous voir pleurer,
je suis apeurée, oui, apeurée,
par le silence de la lune,
par mon infortune,
par l'élégance des étoiles,
peluche féale,
qui se tient entre mes seins,
au loin passe le train,
et pourtant....
pourtant les monstres n'y changeront rien,
les monstres peuvent me noyer dans mon bain,
ils aiment la nuit,
mais j'aime également la nuit,
car on peut rêver sans être dérangé,
oui, oui, croyez moi,
on peut rêver sans être dérangé,
le plus souvent,
le plus délicatement,
je rêve, je rêve. je rêve....
et ça, ils ne pourront pas m'en empêcher !!!
ils se croient tout permis,
ils se disent mes amis,
ils prétendent me câliner,
mais ils veulent m'arracher de ma vie,
jouer mon rôle,
et affaiblir mes envies,
pour me rendre froide,
et me retirer la parole,
je dis trop,
je pense trop,
muette jamais,
je reste aux aguets.
Ils sont partout la journée,
et ôtent leurs masques la nuit...
j'ai du mal, du mal, oui du mal,
à l'intérieur,
du mal à faire confiance,
ce qui rend le temps rance,
je le pense en choeur,
mais oui, je ne sais pas traiter un visage,
un bouche me dévisage,
et j'en pers mon latin,
je me couche le matin,
alors que mes yeux s'ouvrent,
car j'ai si peur, si peur, de ce lendemain,
qui souvent se couvrent...
j'ai si peur, si peur de vous....
je tends une main,
qui la prendra ?
pas vous, s'il vous plait,
pas vous, je vous en supplie,
monstres, restez de côté,
et laissez moi en vie...