Monologue : les rêves sans nom

je fais souvent ce doux rêve étrange et soucieux,
se ferment alors lentement mes yeux,
et là, je vois un ailleurs,
que je ne peux pas nommer,
les mots m'ont échappé,
oui, juste à ce moment précis,
les mots ont déguerpi,
ce n'est pas le silence qui règne,
mais ce qui est certain, c'est que je n'ai plus de peine.

Je ne peux pas donner un nom à ces rêves,
ils n'ont pas d'identité,
un peu comme moi,
j'aimerais qu'on me permette une légère trêve,
qu'on arrête sur moi de parier,
et qu'on m'abandonne à mon toit.

je rêve de partir, alors on peut appeler ça voyage ?
je rêve de l'avenir, alors on peut appeler ça espoir ?
je rêve de lui, alors on peut appeler ça envie ?
je rêve d'être ce que je ne suis pas, on peut appeler ça faux miroir ?
je rêve de ce qui n'est pas, on peut appeler ça rage ?

voilà, c'est bien ce que je dis, ce montre de rêve, n'a pas de nom,
mais de sûr il me transporte,
à travers cette morne cohorte,
pour me déposer hors de ces quatre murs.
attention, voilà ce que je murmure :
Je ne veux plus sortir,
je ne peux plus sortir,
et oui, on m'a coupé les ailes,
en un seul battement,
j'ai mangé le sol de mes dents,
et oui, on m'a coupé mes ailes,
sans me demander,
espèces de raclures,
sans me respecter,
je suis devenue une impure,
on s'imaginerait dans un film de science fiction,
mais la vie n'est pas une mélodie,
la vie est sans transition,
le temps est indécis,
fait de remue ménage,
une seconde d'inattention,
il vous saute à la gorge,
et pas une poussière n'y déroge.
et ce, quelque soit votre passion...

alors je prends le courant des rêves, et pour ne pas me réveiller, je préfère ne pas leur donner de nom, ils sont libres et ils me mènent où ils veulent. j'aimerais m'en souvenir, oui, retenir, ces sentiments, si chatoyants, ces attentes, si agitantes. peut être en rire, juste sourire, parfois pleurer, parfois, crier, attirer le monde, qui se masse comme une onde pour vous dire que vous n'allez pas bien, mais que ce n'est rien, on va vous soigner, on va vous vider, oui, vous vider ! Corbeaux de malheur ! oui, c'est mon heure ! ah non, la mort n'est pas encore à la porte, sur le seuil, peu m'importe, j'abhorre le deuil !

Mais au moins, je me sens en vie, alors que le jour, je suis comme paralysée, par ces rayons qui m'emportent dans un lit bien trop blanc, bien trop propre, bien trop indolore, elle ment, plus d'amour-propre, face à l'aurore, bien trop, oui, bien trop....
douleur ! tu es dans mes veines, et je ne veux point que le vent t'emmène, car tu vis, tu vis bien, dans le luxe et l’opulence, douleur, tu fais partie du temps, tu formes les rangs, tu t'allèges, tu reviens, tu laisses place à la joie, parfois à tes pleurs gaies....mais c'ets ainsi que l'on vit, non ?

vous n'en savez rien, vous qui me regardez comme des singes, rien, rien ! stérile ! vous êtes stériles ! je n'ai pas eu d'enfants ! et bien oui, mes rêves sans nom m'en donnent, quand ils s'e laissent aller  à leurs larmes, c'est ici leur seul arme, bien gardé, bien protégé, des larmes de nuit, comme j'aime à les appeler, car elles sont uniques, elles sont à moi,
je les recueille comme des rois, ou plutôt des reines, que je traîne le long de ma vie,
ah, ma vie ! quelle histoire !
j'ai l’impression parfois de vivre à travers un miroir,
ou de ne vivre que quand la lune daigne sourire,
avec ses étoiles et son ciel babillard,
je m'enflamme quand vient le sommeil,
comme ces enfants qui à Noël veillent,
oh les pauvres malheureux,
ils ne voient pas tous ces vieux fantômes,
qui tournent dans les souvenirs,
et parfois d'anciens rires,
qui stagnent ou demeurent en somme,
lors de ce silence curieux,
où certains s'exclament après coup,
dans une conversation, comme un trou :
un ange est passé...un ange est passé...

je fais des rêves, des rêves,
sans trêve,
des rêves qui n'ont pas de nom,
sans identité, ils me font ressentir,
ils vibrent pleins de couleurs et de sons,
libres de toute ire,
je ne leur demande pas grand chose,
si ce n'est , quand j'ose,
de me faire voyager,
et quitter,
ce morne paysage,
ma chambre, mes trois murs, et mon grand âge...