le monologue du souvenir...

je me souviens,
je me souviens,
de ce train,
de ce train,
que j'attrapais plus jeune,
on traversait des champs de fleurs jaunes,
des bouts de papier collés sur des bâtons de bois,
qui ici font la loi,
et laissent les passants rêveurs,
songeurs,
une vie joueuse,
avouons le,
peu pieuse...
chuuuut.....


je me souviens d'un été,
où le temps s'était arrêté,
je n'avais pas froid,
et par dessus aucun poids.
et la liberté était reine,
et on vivait d'amour sans rênes,
et dans la grange, seulement des ailes,
et des battements d'oiseaux et de coeur.

....mes joues habituellement frêles,
se plaisaient à rougir de saveur...
allongée sur une paille humide,
fine, jaunie et blanche,
qui creusait mes hanches,
et cachait mes futures rides.
je me surprenais à rêver,
sans jamais me douter,
de c qui attendait les petites filles,
grandies, et bien loin d'un simple jeu de billes.

avec le temps, la paille deviendrait rouge,
elle se rendrait compte que les choses bougent,
elle connaîtrait la boue,
la rareté des moments roux,
des soleils plutôt noirs,
des jours plutôt en bas,
des pinceaux glissant hors des pas,
des vides dans les miroirs....

je ne peux pas continuer,
car les yeux se sont fermés,
vous voyez ?
c'est que vous ne regardez pas assez.
c'est difficile de voir,
on croit qu'il s'agit de laisser passer le soir,
la nuit porte conseil,
mais l'oubli jamais ne paye,
il est difficile de bien voir,
ou tout simplement de savoir....de savoir bien voir.

il est tard,je m'emmêle les pinceaux,
je sais qu'au loin il ne fait pas toujours très beau,
ce n'est pas facile,
je suis pas très habile,
je me sens las et du coup, les souvenirs m’enlacent.

j'écris une lettre du souvenir,
pour à jamais te dire,
que je te porte dedans,
hors de tout temps.

je me souviens, je me souviens, des rires, des regards, de nos égards, de nos maux, les pires, des râteaux dans nos jardins, des fossés, parfois bouchés, des marches, des traces, des masses, des lâches, que parfois nous avons été, des non-dits, des souvenirs passés, des souvenirs effacés,
je me souviens de toi, de moi, de nous, des coups, de la foi, de notre toit.
je me souviens de nos sorties, des coucheries, de la chaleur, des draps mouillés, des pas souillés, de nos peurs...
je me souviens de la séparation, de la mort, de nos torts, de notre passion,
je me souviens de la vie, de notre vie....

je me souviens de beaucoup,
mais je ne me souviens pas de ton visage....
et aujourd'hui, mon grand âge,
me piège, alors j'écris pour ne pas oublier le loup,
qui sommeillait en toi quand tu me voyais,
ni de la lune, que jamais jamais tu ne pourras effacer...

je me souviens,
lettre à l'aimé...