La malle à souvenirs

Je me tourne,
et vire,
oui, Sire de l'ombre,
il fait sombre,
ce sont mes rêves
que sans trêve
tu enfournes.

sans trouver le sommeil,
je le savais dès la veille.

Je crapahute au grenier,
je ne peux le nier,
l'envie est plus forte,
de telle ou telle sorte,
je dois brosser la poussière,
et oublier mes arrières,
pour plonger
bien profond,
dans le précieux,
dans le vieux,
pour savourer,
les meilleurs des sons.

La clé rouillée,
fait grincer mes dents,
la peur d'un sentier,
qui me rappelle trop l'antan.

Il fait noir,
la lumière de la malle,
souvenirs parfois sales,
souvenirs parfois lestes,
souvenirs d'autres zestes,
souvenirs de la malle.
il fait jouer.

Un ballon qui traîne, dans un vieux gazon, dispute de frères, qui chantent à leur mère, "c'est lui !"
une tape sur les fesses, les visages s'abaissent, et on redémarre.

Des photos, coquines, qui riment, avec sourires et ires, des visages qui restent, qui collent au papier jauni, quelques rides, qui s'agrippent, qui s'effritent, jamais vides, qui vivent avec envie. On se souvient, on rit, on a honte, une sorte d'acompte, pour une vie finie, que l'on scie.

Une peluche, pour un être confiné dans sa ruche, un seul oeil, peut-être un vrai écureuil venait se lover avant ici, que dire ? une odeur de dodo, un enfant que je ne suis plus, quand j'ai sauté dans l'inconnu. des poils endormis, qui grattent, au vol on attrape, des rêves soumis.

le livre de maman, celui des histoires, celui plein d'espoir, celui de la nuit, qui apaise les yeux, et fait des heureux, quand tout autour luit, sous la voix savoureuse, d'une mère épanouie, des saveurs, sous les mots dits.

Des bulletins oubliés, égratignés, par des pleurs ou des fiertés, on fête cela, avec fracas et chocolat, on remet à la prochaine année, alors que le fils grandit, les parents étonnés, doivent refaire sa garde robe, alors qu'il se dérobe.

Les premières dents de la petite, la souris venait comme un rite
le premier slow sur lequel papa et maman ont dansé, une valse éhontée,
le jouet du petit frère, qu'il gardait tout fier, dans sa chair, discrète et légère
la boite à musique, celle qui endormait, qui faisait tourner, les esprits telluriques
le....

j'entends du bruit,
et de la lumière fuit,
refermons cette malle,
donc j'ai seule la clé,
tenue comme un graal,
pour sûr je reviendrai,
ces souvenirs ne m’appartiennent pas,
mais l'esprit est dans son droit,
mes images se sont envolées,
alors je vis à présent au gré,
du vent et des simagrées,
que la vie me donne à la volée,
dans cette nouvelle maison,
je sens la vie à foison,
dans cette malle bien cachée,
je sens les souvenirs me supplier....