Les jumeaux

Elle regardait la lune,
comme si elle et elle ne faisait qu'une,
un envol d'ailes,
avant qu'elle ne monte sur scène.
On la sentait perdu,
muette devant l'inconnu,
puis elle rêvait....


Il regardait la lune,
un tantinet importune,
elle se faisait timide,
et présentait quelques rides,
mais elle jouait la féminine,
un "je ne sais quoi", féline,
puis il rêvait...


Elle a pensé,
il a tourné le visage,
elle a frémi,
il l'a sentie.
si loin,
si proche,
elle se pose à la fenêtre,
il pose la main sur le rebord,
elle voit à l'horizon le port,
il observe la nuit apparaître.
des reflets sur l'eau,
tous les deux pris dans leurs maux,
il en perd ses mots,
elle aimerait prendre ce paquebot.

Il pense à elle,
elle se demande ce qu'il fait,
elle se souvient des voyelles,
qu'il a gravé dans l'arbre en été.

Elle pense à lui,
il se demande ce qu'elle fait
l'heure passante à minuit,
elle ne cesse de se tourner,
dans ce lit froid,
comme un frère jumeau
volé en éclat,
elle prie, entendra -il ses mots ?

temps de guerre,
une terre ravagée,
des coeurs dépravés,
des pleurs qui tombent à terre
ils étaient deux au berceau,
mais la vie a ses maux,
et sépare malgré les cris,
malgré les prostestations,
malgré les supplications,
elle scie,
ceux qui s'aiment,
ceux qui fuient,
ce qui craignent autrui,
ceux qui ne sèment,
plus leurs graines,
celles du bonheur,
réduites en cendres
par la loi de la terreur,
on court dans le méandre,
chacun sa voix.

Elle est haut gradée,
il est balayeur,
elle avance la tête haute,
il n'a plus que ses côtes,
une peau mates,
des yeux de bandits,
des mains délicates,
des non-dits,
la lourdeur d'un passé,
ils sont comme reliés...

Elle espère,
ils désespèrent,
il la veut,
elle leur en veut,
d'un bout à l'autre,
le sang n'a pas d'apôtre,
mais le coeur a ses langueurs
que seuls des jumeaux peuvent entendre....