Réponse à l'Amor Fati

Tu te dresses tel un océan,
tu ne restes jamais vacant,
mais je te sens tout autour,
tu ne cesses, tu cours.

Glissent au vent nos désirs de braise,
on se sent petit et mal à l'aise,
toutes ces choses entreprises,
sur lesquelles plus un n'a d'emprise,
Ressens-tu notre peur peinée ?
qui traîne dans la mince arène,
du coeur de l'être aimé,
si faible quand le temps sème,
de ses pattes maladroites,
ici et là des yeux moites...

Tu te grandis quand vient l'envie,
tel un cupidon à l'horizon,
tu aimes à jouer de raison,
mais sais-tu, toi aussi tu vieillis...

Chante à ta guise nos sentiments,
si puissants,
 si fébriles,
on tremble, on devient parfois vil,
mais on oublie plus vite que la brise,
on tombe le masque qui déguise,
quand ta danse se fait joueuse,
on saisit son tour,
on arrache la maison pieuse,
on se fait beau dans la cour,
les sourires s'égrènent,
on cueille ce qui vient,
quand peut-être le noir se fera sur demain,
on s'effleure, on se regarde, on s'aime....
Tu nous jettes des mots,
toi, moi, nous, dans un zoo,
le corps se dandine tel un animal,
tes coups de feu sont fatals,
on faiblit,
on se laisse partir,
on maigrit,
on se laisse mourir,
à la passion de cette jungle,
qu'on accroche en choeur à une tringle,
on sèche jusqu'à épuisement,
ton piano jamais ne ment,
la musique se termine,
les animaux font grise mine,
on rentre,
dans ton antre,
on dort,
à ton abord...


Tu disparais, nous laissant nus,
il fait froid dans cette rue,
tous ces visages qui se ruent,
espérant d'oublier ce triste, certes parfois, vécu...
souvenirs, souvenirs,
ceux-ci ne veulent partir,
coeur part s'en réjouir,
quand bientôt la lune viendra luire...