Son de cloche

Sire,
hier j'entendais se languissant,
parfois mugissant,
dans la moiteur de la nuit,
le monstre de minuit,
le bossu des dames,
celui du vague à l'âme.

Sire,
voulez-vous bien me dire,
quand se calmera son ire ?
car je n'ose quitter ce lit,
qui devient ma propre cage,
il me faut tourner une page,
qui s'accroche à chacun des plis,
de mon visage,
qui passe sur l'âge,
comme la rivière,
glisse sur ses arrières.

Sire,
voulez-vous bien leur susurrer,
à ces cloches délirantes,
se glissant dans une fente,
celle de la vieillesse,
celle de la détresse,
voulez-bien leur chuchoter,
pour ne pas trop les attiser,
de se taire,
d'y mettre de la paille,
où le feu tressaille,
de me laisser de l'air,
de ne plus me priver,
de cette douce vie,
sans répit,
qui fut ma compagne attitrée,
pendant plusieurs années.

Sire,
voulez-bien me tenir la main ?
car je sens arriver le train,
celui qui prend
mais jamais ne rend,
celui qui passe,
quand le corps trépasse,
celui qui disparaît,
dans la brume satinée.

Sire,
le souffle court,
les mots se perdent,
oui, sire, j'appréhende,
je sens les douces guirlandes,
qui comme le coeur transcende,
le souffle court,
et moi derrière toujours,
je passe en revue,
la ballerine que je fus,
les éclats de voix,
les éclats de joies,
c'est donc cela, les adieux ?

Sire....