En chemin...

...j'ai croisé un nain,
peu impressionné par la taille,
ce jeune petit être féérique,
que personne ne raille,
m'a donné un haricot magique.

je devais juste le manger,
non pas le planter,
juste l'arracher,
de ce monde enragé.

quand je prends la route,
mon esprit sort de ses rails,
il me parle comme en braille,
chaleur d'un mois d'aôut,
qui me monte doucement,
dans le corps et la tête,
souvent s'insinuant,
dans les recoins ou l'arête,
que peu d'entre nous ne voie,
que peu d'entre nous ne boive,
que les ermites s'en aperçoivent
rocher surplombant,
le temps se rend,
pour eux, libres hommes,
qui vivent reclus,
loin de la foire de Rome,
comme des inconnus.

quand je prends la route,
je connais la déroute,
je n'ai plus la force,
partie la dernière écorce,
j'essaie de m'oublier,
puis de me retrouver,
comme un voyage,
loin d'être sage,
dans l'antre peu sûr,
d'un corps à l'usure.
l'esprit travaille,
le temps le raille,
les peurs se fixent,
comme un crucifix,
alors je pars,
car j'aime les départs,
je marche,
jusqu'à la dernière arche,
et bine plus loin,
à l'horizon incertain.

quand je prends la route,
je quitte cette soute,
qui me tient enfermée,
si prêt du fieffé,
le diable s'habille,
quand l'enfant babille,
et revient de plus belle,
à la jeune demoiselle,
quand les rides se dessinent,
la dame n'a plus que le mime.

quand je prends la route,
j'aime me perdre ici et là,
ne plus compter les pas,
se refuser au trépas,
mais embrasser ce qu'on ne sait pas.
j'y vais pieds nus,
pour sentir ce que je n'ai jamais su,
je virevolte,
en trois ou quatre sortes,
je gère cauchemar et rêve,
car je hais la trève.

quand je suis en chemin,
j'oublie enfin,
d'être si sereine,
je me sens reine,
et ça, cela ne s'oublie pas,
quelque que soit son pas....