Routine, la femme de l'ombre

Elle n'est pas plus grande qu'une plume,
ni plus lourde qu'une pomme,
et pourtant une fois sur les épaules,
là voilà, ton enclume.
Son histoire est commune,
et pourtant si propre à chacun,
on s'en lave les mains,
mais revient à la première brume.

Elle est fine,
et se montre très maligne,
entre nos pattes, elle aime à se faufiler,
elle a sa fierté.
Ne se perdant pas dans les mots,
elle s'installe chez toi, sans crier gare,
elle rend le teint blafard,
un meilleur ami qui vous tient la tête sous l'eau.

Puis petit à petit, là voilà qui prend ses aises,
j'avoue, je l'ai laissée entrer sans y prêter attention,
ni une ni deux, la voilà en action,
et bien assise, à ses pieds des charentaises.
On ne peut définir son visage,
elle se lit dans nos présages,
on n'ose prononcer son prénom,
de peur de se froisser,
elle nous fait tourner en rond,
son jeu préféré.
Oui, finalement, la voilà bien joueuse,
elle surprend car insidieuse,
et une fois chez toi,
tu lui offres ton toit.
une chambre si banale,
un lit si fatal.

la voici, la maîtresse de mon époux,
je la hais, jusqu'au goût,
les mets sont fades,
les mains en rade,
les nuits s'enchainent,
les passions s'achèvent,
les rêves crèvent,
les regrets se déchainent.

Un jour, on se met à soupçonner,
les mots plus hauts se font entendre,
plus moyen au foyer de se détendre,
des promesses bien envolées...

Puis au petit déjeuner,
une partie à trois,
on décide d'appater la proie,
et de ne plus se résigner.
Le meilleur reste d'improviser,
la routine jamais ne s'y connait.

Routine chez moi n'a pas fait long feu,
Drôle d'amante que celle-ci,
chassée bien vite, pour le pire et le meilleur...