LE BISCORNU



Le fruit, l’inconnu,
Celui qui tend les esprits les moins tordus, ceux qui se tiennent droit et ne comprennent pas comment on peut pencher.
Chaque jour, je vois un biscornu autour du lac qui croit dur comme le fer que son corps n’est plus qu’il y arrivera.
L’homme, la femme, l’inconnu, ces quelques notes qui ne résonnent pas pareil, ces quelques notes qui fendent la toile musicienne d’un rêve aux délicates pensées. Ces quelques notes qui se jouent de tout, parfois non mélodieuses, elles assument d’être nées tordues, elles vivent ensemble et créent leur propre,  son envers et contre tous et voilà quelques oreilles qui viendront ici et là les écouter.
La biscornue, celle qu’on laisse de côté car dès bébé, elle n’allait pas dans cette société. Elle est arbre tordu, aux racines déracinées qui pleurent au beau temps et sourient à la pluie.
Chaque jour, je la vois ouvrir ses volets décadents, d’une couleur violine qui inspire au spleen. Elle le porte sur son visage, pas à pas, elle avance, et pourtant elle n’attend aucune redevance. La biscornue, qui ne pense pas comme vous et moi, qui dès l’école, voit des cafards courir sur ta table, crie quand un rayon vient percer le tableau pour s’y poser et dessiner un tout monde que celui des chiffres et des lettres. Elle est celle qui dans la cour, voulait un bisou, plus fort que tout, un bisou pour la transporter, elle jouait et se jouait de tout, elle voulait juste jouer et ne plus penser, monter jusqu’en haut de cette arbre interdit.
La biscornue.
Lui.
Elle.
Ils se croisent autour d’un lac refroidi par le péché de la vie.
Lui.
Elle.
Séparés par tant d’années, que les rides n’ont pas épargnés.
Lui
Elle.
Des histoires opposées qui s’animent de joie quand le regard ou le bruit des pas, l’un clopinant, l’autre courant se croise.
Lui.
Elle.
Les biscornus de la vie qui conjuguent leurs survies en dièse ou bémol, mais jamais en bécarre.
Lui.
Elle.
Qui sont des couche tard car la nuit se plait à leur parler, d’ennuis et d’amis.
Lui.
Elle.
Qui ne se connaissent que de silhouettes, pas bien droite, au souffle court, mais qui court, court, galope, galope, tels ces élopes de l’Amérique du sud que l’on oublie car ils sont des gens du voyage.
Pas d’accroche, les biscornus, pas d’approche, les biscornus. Animal sauvage qui sauvent du carnage une société bien trop tendue, oubliant que les racines….sont dans la terre, et ce n’est qu’en se crochetant, d’un dos moulu, qu’en y plongeant ses mains sales, que l’on ressort le plus beau des arbres, il sera tordu, mais toujours il essaiera d’atteindre la cime pour caresser les nuages.