J'ai l'ennui


Il me tombe dessus. Et, pardonnez-moi, mais c’est un inconnu. Tu m’entends ? tu es un inconnu pour moi. peut être que tu es sourd et que tu n’entends pas car tu te colles de plus en plus à moi. C’est ça, tu es sourd, et lourd, lourd, tu es ce poids lourd qui passe dans ma vie, tu vois je ne te connais pas du tout, alors arrête.

Mon père m’a toujours dit de ne pas parler aux inconnus, mais que faire quand l’inconnu se montre insistant. Un coup de dent ? Je n’irai pas loin, tu prends tellement de place. En un seul coup de dent, ça n’arrangerait rien du tout. Regarde la place que tu prends. 

Et en plus, tu t’invites dans mon lit. Hier soir, j’ai failli tomber. Je n’avais qu’un petit quart, manquerait plus que tu me montes dessus et m’écrases. J’ai entendu dire que c’était déjà arrivé, une femme qui meurt sous le poids de son mari.

Non, nous ne sommes pas mariés ! Jamais, ne vas pas t’imaginer ça. Il est vrai que tu n’as pas beaucoup le sens de l’humour, tu ne comprends pas bien ces choses de la vie, tu es très premier degré. C’est ça le souci, je ne le suis pas. Tu m’as fait la cour, et je me suis prise dans tes filets, je pensais être forte, mais l’attirance….on m’a dit que tu faisais de nous des poètes. Voilà, maintenant, je t’ai, j’aurais préféré avoir le syndrome de la plume, tu sais, celui dont les pages s’écument…

Hé, je ne te connais pas ! et tu t’invites. Tu t’es invité. Une semaine que tu ne me lâches plus. J’ai la corde au cou, tu n’as plus qu’à tirer. Ou alors, c’est à moi de tirer. Mais j’aurais plus pied et quand tu n’as plus pied, tu sais ce qui se passe.

Silence. Les mots restent coincés, une âme vient de passer. 

Mon père disait ça aussi. Papa.

J’ai l’ennui. Oui, je l’ai, je l’ai attrapé. Moi qui pensais être si forte, si immunisée. JE l’ai attrapé, j’ai beau moucher, cracher, m’énerver, prendre des vitamines, manger des fruits et des légumes, ils disent. Ils disent. Mais quand tu es là, je dois vivre avec toi. Car tu n’es pas comme tous les autres virus. Quel intrus. Jusque dans mon intimité, mes moindres recoins, il m’étouffe pas à pas, au fil des heures qui s’égrènent .Oui, je t’ai. Je t’ai attrapé. C’est drôle, je pensais être loin de ce capharnaüm, et maintenant, c’est moi, j’ai le cafard. Je l’ai lui aussi…oui….c’est moche…il est très moche….comme toi.
Je l’ai, comme un sac que l’on porte, ou un enfant. Sauf que j’en ai pas, donc au final, je ne le sais pas.
J’ai l’ennui, je le possède ? C’est ça que ça signifie ? que c’est à moi. Mais quand on possède, c’est pour la vie, sauf si on vous le vole ? sauf s’il meurt, sauf s’il se brise en mille morceaux.  Hé, toi, c’est ça notre relation ?

Oui, autant t’épouser, au moins toi, tu me laisseras pas tomber.
L’ennui, je t’ai,
Est-ce qu’un jour je t’aimerai
Chaque nuit qui passe,
Encore davantage tu m’agaces,
Je sens ta lourdeur
Sans gêne, s’appuyer sur mon cœur,
Ma plume est las
Et les mots sous toi se cassent
On me dit « oh la nostalgique »
De la page blanche je suis épileptique,
Je me perds quand tu murmures,
Je me noie quand j’essaie de faire le mur.
Pourquoi moi ? je ne sais pas.
L’ennui, tu m’as.