La salade a de belles couleurs....


Et pourtant, cela ne m’a pas coûté un radis…Avec elle, on n’est jamais en rade, elle nous délecte à chaque fois de toutes ses saveurs. Je l’ai rencontrée plusieurs fois et elle m’a étonnée à chaque fois, ce n’est pas une question de foi, car à l’intérieur il n’y en a point, c’est une question de connaître et de savoir savourer.
Encore faut-il prendre le temps de savourer. Quel beau mot ! délicat, parfumé à souhait mais sans reliquat. Sans y prendre garde, j’ai goûté à son nectar si victorieux et impérieux. Je l’ai vue se réjouir de la belle mine qu’elle me cuisinait. J’ai dû cuir longtemps avant de la saupoudrer de mes papilles,je ne savais point que parfois, il faut mettre le champignon, faut dire qu’elle est discrète et ne se mélange pas à tout le monde.
Savourer, je disais, je me suis égarée dans ses cheveux très frisés.
Savourer, savez vous comment on s’y prend ? Savourer, c’est bouillonner d’envie de mettre les pieds dans le plat ou le potager, si on en a, de quelqu’un, d’abandonner l’amidon si bidonné qui nous entoure pour peler nos différents masques, c’est le délice de se dire qu’il n’y aura rien pour venir noyer les graines que l’on a semées, c’est se dire qu’on saura comment arroser  ce qui nous a tant séparés. C’est reconnaitre ces moments fanés et pourtant si arrosés de sourires.
Je ne veux pas finir légume mais lumineuse, je veux de ce plat principal et arrêter la courge que je suis parfois, quand je me mets six pieds sous terre, pour chercher des racines au mauvais endroit.
Savourer, c’est choisir les bons condiments qui vont venir épicer la prochaine minute passé au four de la vie.
Je n’en fais pas tout un cake, car de toutes façons la cuisine n’a jamais été mon usine et celle de qui j’ai appris les rudiments est maintenant partie.
Oui, la salade a de belles couleurs, mais peut être que tu ne le vois pas car elle n’existe que pour ceux qui mangent sans fourchette ni couteau, elle craint la violence et pourtant, se plait à se baigner dans la sauce quand il le faut, bien aller au fond, pour ne pas laisser le meilleur perdre son goût seul.
La salade a de belles couleurs et se montre appétissante pour ceux qui savent comment la cuisiner. Cuisiner, un autre drôle de mot.
J’ai coupé tant de parties de vies, que je ne sais plus dans quel plat je peux les trouver, peut être le principal, j’espère, car entrée ou dessert, ça serait rester sur ma faim. Il est temps de mettre les pieds dans le plat et de survoler la cuisson, la cuisine, c’est un art, il faut de l’engagement, sous la toque, je suis toquée, il est clair, et je me cache derrière un tablier taché car je crains les taches, les gouttes, ce gras qui risque de masquer le beau, ce lait qui risque de masquer la bonne crème. Car oui, cette salade, avec toutes ses surprises et ses textures, avec tous ses aléas et ses oui mais ou pourquoi, cette salade est une bonne crème, on ne comprend pas toujours pourquoi elle n’aime pas le froid, pourquoi elle se fait mauvaise quand on l’oublie….c’est ça…j’ai compris….
Elle n’aime pas l’oubli. Il m’a fallu tant de lignes de recettes pour comprendre cette salade. Tu n’aimes pas qu’on t’oublie alors tu te rappelles à nous en mettant du piment ici et là pour nous faire pleurer. Tu te rappelles à nous en nous bassinant que tu n’es pas là pour toujours, hier tu n’étais pas, demain tu ne seras plus aussi bonne, aujourd’hui tu es là, aujourd’hui tu es là, même si d’autres ne le sont plus,  ils restent toujours cachés dans un creux de tes papilles car ce sont ces autres qui font toute la saveur de la vie, de toi bien sûr, à qui je m’adresse finalement, car de spatule en écumoire, je suis devenue louche par mes maux.
C’est toi-oui toi-même- qui a de belles couleurs, qui fait que cette salade a de belles couleurs. C’est toi-même. C’est moi-même. C’est moi qui cuisine.
Cuisiner est un art. Vivre l’est aussi.
A Maman.
A Papa.
A ceux que l’on aime et à qui on ne le dit pas assez.