Un bout de bois qui se prend pour un homme


Froid comme du marbre ?
Point du tout, voilà que cet arbre,
Me séduisait sous ses palabres.

Il se tenait droit, là à mon passage, avec des fleurs au bout des ramifications, comme pour me dire « je t’aime », des mots peu entendus depuis si longtemps, partis dans un creux du vent.
Il me faisait la cour, bien droit, droit comme la foi, mais je ne l’ai pas, lui ai-je répondu. Il s’est penché, en jouant avec le vent. Un clin d’œil de tronc.

Du fond de son écorce, il a continué à s’affirmer. Ce rondin était fier de son bouleau : courtiser les fleurs. Sous son allure charbonneuse, voilà que cette écorce me donnait envie d’aller voir plus loin, pour sucer jusqu’à sa sève intrigante.

Aime-il la menuiserie, car avec moi il faudra en user. Au vue de mes épines, il se peut que j’abîme ses feuilles si jeunes. Il me branche, encore et encore, je me sens passer au bûcher, mais c’est qu’il ne me raconte pas des noix…

Voilà qu’à ses côtés, je fais le poirier, c’est qu’il sait bien feuilleter, il en sait quelque chose sur l’hêtre. Mais…des racines se font dans ma terre, va-t-il comme les autres me planter ? Sera-t-il une mauvaise graine ? vous savez, de ce qui vous prennent pour des prunes, en se moquant de votre pomme, pour vous laisser les souches d’instants volés ? est-ce pêcher de penser à un avenir meilleur, je n’étais que brindille avant de le rencontrer, on m’a brisée de si nombreuses fois sous les pieds, les hommes ne font pas attention où ils creusent, il creusent tout simplement, sans étudier la terre qu’ils ont devant eux.
Pas question qu’il me fasse de l’ombrage ou m’enferme dans un bocage, plutôt m’assécher, que pousser en mauvaise compagnie.
Moi j’ai poussé tordu, comme lui, c’est drôle, je me résigne à sa résine, elle colle déjà à ma peau. Je cèdre à ce rejeton, peu importe qu’il me coupe l’herbe sous le pied, la vie, c’est aussi se planter…

La botanique n’est pas une science sûre, tout comme l’amour.