JE TE COURS APRES


Non, tu as de plus grandes jambes, je suis une pomme, tu es une banane, techniquement, je ne te rattraperais jamais donc pourquoi te courir après.

« je te cours », ça ferait trop court, on rajoute le après, pour se rassurer, comme ce baiser qu’on envoie dans le vide en espérant qu’il va le récupérer, mais c’est du vide, il tombera, forcément, non il n’est pas un héros en face. Je te cours, tu me cours, tu vois, ça se conjugue aussi et si on le faisait à deux, ça serait une bonne activité à faire ensemble, on serait deux à ne pas savoir quoi faire, réunis dans notre ignorance. On serait bête, ça ferait du bien.

« Je te cours », rajoute un –ise et ça y’est, on m’appelle la salope, un mot qui ne rime qu’avec ce beau nyctalope, je vois dans la nuit, c’est vrai, à travers tes oublis, à travers des envies, je suis la fille de l’ombre, sombre, on m’a toujours considérée ainsi. Rajoute un-ise et ça y’est, tu fais le fier, tu quittes la terre, tu te roules contre mes seins, tu te prends pour le maître du destin, te voilà sourire d’avoir une femme qui te fait sourire, des désirs que l’on va bientôt assouvir.

« Je te cours », je te teste, j’ai le droit, si c’est en courant qu’il faut tester ton cœur, je le ferai, j’accours et je te cours. Tu bouges trop, j’arrive mal à te prendre, à t’attraper si tu préfères, certains mots te font balader. Et moi, parader. Des mots si proches et si différents qu’ils m’accrochent. Aie, ça fait mal. Bon, je te teste, je te cours, je te parcours, chaque recoin, je t’explore, je ne manque pas un bout, pour te connaître jusqu’à l’embonpoint, pour te connaître jusqu’à ne plus regretter d’être passée à côté, les regrets, eux, je ne veux pas les courir, alors j’évite d’en avoir même si la vie lévite autour de ça, souvent, à moi de courir plus vite. Et on y revient. Je te cours, tu me cours, me cours-tu vraiment ? Car il me semble que tu n’es pas vraiment essoufflé, as-tu vraiment été partout ? On a bien transpiré, on en a bu de l’eau fraîche et de l’amour certainement aussi. De là, à aller jusqu’au après….

Je te cours après, car je me dis que peut être y’a un après, je me dis que l’avant n’est que passé, mais en passant à après, j’oublie le présent, je veux peut être l’oublier car il a fait souffrir, et sourire parfois aussi endurcir aussi, faiblir aussi, et tout ce qui semble rimer en-ir, c’est étrange quand même, tout ce qui semble rimer avec le mot « ire ». Je suis en colère, voilà la réalité, c’est pour ça que je cours car je dépense, tous ces petits côtés rances, je les dépense.
L’ire….lire…je lis en toi maintenant, tellement bien. Je connais le début, et même l’épilogue, mais il ne sera pas un « je te cours après », c’est décidé. A moi d’être celle après qui on court, à moi d’aller plus vite sur la ligne d’arrivée, à moi de faire mon marathon, à toi de me suivre si tu le veux, mais si on le fit à deux, c’est mieux de le faire main dans la main, la ligne d’arrivée est pas évidente à franchir, et puis c’est la cours le plus jouissif, pas l’arrivée.

C’est bon, j’ai assez couru seule. On n’avait pas dit « pas plus d’un kilomètre du cœur et pas plus d’une heure de souffrance », les lois du cœur sont parfois strictes quand un virus menace des vies. 7 ans, c’est déjà trop, on a dépassé le point de légalité.

Y’a plusieurs départs….A toi de voir. Moi je cours. Parfois je m’arrête, je profite, je cours et ainsi de suite.