Y'A DE L'ORAGE DANS L'AIR !


Je peux le sentir, de mon nez, je parle. Oui, j’ai du flair pour les tempêtes, je dois avoir été pirate dans une autre vie.
C’est pour ça que je ne peux cligner que d’un seul œil.

Le ciel devient lourd, les mots sont lourds, les nuages s’affaissent comme nos bagages, ceux de là-haut et ceux sous nos yeux. Le vent se fait de plus en plus fort, comme les vents que l’on se donne avec le temps qui passe et s’amasse. Une dernière rime en « asse », bidasse. Moche. Liasse. Moche. Tracasse…Oui, par sa couleur, le ciel me tracasse, j’ai toujours eu peur de l’orage, il crie trop fort, il gronde à côté, il s’éclaire juste pour vous faire trembler, mon chien tremblait 1h avant l’orage, on savait que l’air serait bientôt habité de bruits essoufflés et de lumière grinçante.

Oui, il y a de l’orage dans l’air, il est accroché pendant un petit temps. Le ballet des éclairs, avez-vous déjà vu ce spectacle ? c’est la préparation, on se tourne autour, on se regarde, on se toise, on dessine une toile, on ne sait pas encore quel chemin elle va prendre, mais on dessinne, dans l’air, c’est grand, il y a de la place, trop de place, l’air c’est grand, l’air c’est élégant, l’orage est élégant, pas tout le temps, parfois il devient un peu trop violent, on voudrait se boucher les oreilles, tourner les talons et plus rien écouter, s’enfouir sous sa couette pour attendre et entendre les pas de papa, allez se ranger dans un placard, ici l’orage ne devrait plus y faire toc toc, c’est ton endroit secret, on aimerait tout ça, mais on reste paralysé, comme si l’on était…non…on est maso…masochiste, on veut connaitre la fin, on veut voir, on veut dire, on veut sentir, on veut voir l’autre tomber sous le coup de foudre, on veut voir l’autre sursauter sous le son qui tombe. On est vicieux, derrière des côtés amoureux de l’orage.

Tiens, on parle encore de toi, orage. Oh rage. Tragédie. Classique. Y’a de l’orage dans l’air, nouvelle tragédie, auteur : la société, pas la meilleure des autrices.

Oublions, passons.

Oui, car je t’aime cher orage, tu fais que ma vie est moins douce mais plus coriace, tu fais que ma vie vogue de tempête en tempête, de mer calme en mer calme, de nuage en nuage ou cunnilingus, est ce le bon mot ? non, cummulo-lingus est celui que tu attends et pourtant après une bonne tempête, on aime à se rabibocher, sous une pluie qui tapote tes envies ou sous un arc en ciel qui te ramène à la douceur d’une enfance qui elle, ne voyait pas de l’orage dans l’air, si ce n’est sur les dessins.

Une fille sur un nuage, voilà ce que je suis quand il y  a de l’orage dans l’air.

Et je vogue, vogue à l’aveugle, sans boucher mes oreilles, pour ne pas offenser, pour ne pas manquer un bout du spectacle, de la tragédie devenant comique avec les changements de couleur ou d’humeur de l’air.

Dans l’air, il y a de l’orage, il est là, accroché, ou rangé dedans, en attendant d’être sorti lui aussi de son placard pour faire frissonner, c’est pas très bien rangé dans ce placards, c’est même le bazar…le bazar, dans ce ballet d’éclairs, et pourtant, ce bazar, cette danse de transe est si belle. Je vogue je vogue dans la mer de ciel, les cheveux dans l’air, non discipliné. Je suis une pirate.

Oui, c’est donc cela. Nous sommes des pirates, avec plus ou moins de belles frégates, et nous voilà en pleine mer, quand l’orage arrive, toujours prêt à naviguer, même en eaux troubles ou troublées.