AVOIR LE CUL ENTRE DEUX CHAISES

J’ai le cul entre deux chaises, m’a-t-elle dit ce matin. Une de mes amies. Je l’ai entendu, La pauvre, je la plains, j’ai déjà du mal à rester assise sur une, alors être entre les 2….Quelle idée elle a eu aussi ? Ah oui, c’est ce qu’on appelle l’amitié, ne pas savoir quelle chaise prendre. Moi je dis, soit tu t’assoies soit tu te lèves et tu tournes les talons, laissant les 2 chaises à leur propre destinée. Quel poids elle se met sur le cœur, m’enfin. Vaut-il mieux aller vers le bois ou vers le fer, comme on le voit, toutes deux ont leur dureté, ont-t-elles même un cœur ? c’est ce qu’on se demande sous ses 4 pattes.

C’est quand même culotté, si je puis dire, de permettre ce genre de choses. D’un autre côté, parfois, choisir c’est difficile, c’est pour ça aussi, en secret, que j’ai du mal à rester assise. Ou alors je trouve un subterfuge, assis sur une jambe, à genoux…le Kama soutra de la chaise….oui, on diminue la pouvoir enlaçant et intrigant d’une chaise….j’ai des fourmis qui me grimpent sur tout le corps mais ça vaut la peine, certains disent que je fais mon  original, mais un le sacrifice de ces fourmis si voraces est tout de même à reconnaître, j’ai du courage. Et puis, mieux vaut faire l’original qu’avoir le cul entre deux chaises. On parlait du culotté et bien mieux vaut pour ça ne pas être déculotté, on risque de voir plus que ce que l’on veut.

Car après tout, c’est de cela que l’on discoure. Que je discours, oui je fais un discours à moi-même, moi qui n’ai jamais réussi à tenir le cul entre deux chaises. Je ne suis pas acrobate et je ne porte pas souvent de culotte. Plutôt vivre dans une grotte, qu’affronter l’entre deux, le je ne sais pas, le peut être, la tiédesse et maladresse qui poussent à se trouver entre l’osier et le velours, le fer et le bois, le bancal et le sûr, le rassurant et le trépidant, car oui, même chez les chaises, il y de ces histoires.

Non, je le répète, telle une président du cul, du cul entre 2 chaises, rappelons le car je vois là les étendards féministes et les hommes pressés. Je ne suis pas acrobate et c’est finalement ce que l’on me demande toute la vie, ne pas choisir, ou bien choisir, mais par peur de mal choisir, on ne choisit pas, on reste le cul ente deux chaises, pour faire plaisir n’en déplaise aux sourires badauds. Je ne suis pas acrobate et toute ma vie, on me demande de l’être, faire des acrobaties entre le oui et le non, le peut être et le sur, le jamais et le toujours, le tu viens et le tu repars, le je t’aime et le je te déteste, les drames et les joies. Quel gros terme, des mots si gros qu’ils prennent de la place sur cette pauvre feuille. Qui elle aussi, soyons honnêtes, se retrouvent le cul entre deux chaises. Entre ceux qui liront et ceux qui ne liront pas, par flemme, par dégat des eaux, par mépris, par envie, par trop de lettres, pas l’incompréhension.

Nous passons tous une vie le cul entre deux chaises, entre la vie et entre la mort, n’est ce pas ? C’est très inconfortable, mais nous le faisons tous, nous sommes de sacrés acrobates et ces chaises d’ailleurs, on est sado-maso, nous les choisissons nous-mêmes, on les tire vers nous même, la vie, la mort. Et au milieu, nous voilà les clowns de service.

Je me disais que peut être mon amie n’a pas tort, j’ai toujours choisi, ne supportant pas la fragilité d’un entre deux, ne supportant pas de rendre triste une des chaises, Ne supportant même pas d’en regarder une. Peut être qu’il serait temps que je devienne réparatrice de chaises, que j’accepte de jouer avec les deux, que j’accepte de ne pas être confortable, que j’accepte la mort comme partie de la vie et la vie comme partie de la mort. Je ne suis pas acrobate mais tout s’apprend dans la vie, non ? Je tomberai souvent, mais je me relèverai. J’ai toujours fait des choix pour chercher ce qui m’était confortable, sans avoir à verser une larme, un pas, un caramel, un charme, un glas, du miel, et moi l’abeille, je butinais. Il est temps de faire un gros choix, comme de gros mot. Je choisis d’être l’inconfortable, l’insaisissable, la fragile, la sauvage, l’agile, la mage, je choisis d’être cette acrobate de haute voltige, peu importe la hauteur, je choisis d’être sur ce fil entre deux, et de mener ma vie pleinement, aussi peu sûrement que je le pourrai, je choisis de vivre vrai, pleine, pleine émotionnelle. Je suis acrobate.

Maman, j’arrive. Pousse et je serai de celle-ci, plus d’entre deux, Attention, je sors par le cul, ma vie commence bien…ah, je vois une chaise. Oups, pardon, Deux. J’arrive. Je sens déjà que je ne pourrai pas rester assise bien longtemps...ce n'est pas confortable...