AVOIR UN COEUR D'ARTICHAUT

Aie, aie, aie…quelle drôle de musique…on m’enlève les feuilles. On me dit que c’est inutile, trop de couches, on ne distingue plus le cœur. Le cœur de quoi ? ah, de moi…Il y a des poils. Il y a des secrets. Il y a des indiscrétions. Il y a un battement. Il y a des hauts, le cœur, et des bas, au cœur. Je suis tout en rondeur aussi, c’est ce que l’on dit de moi et je suis plutôt fière de mes rondeurs de coeur.

Oui, je suis un cœur d’artichaut, ça tombe bien, je suis végétarienne. Mieux vaut être un artichaut qu’un pavé de steak à la sauce barbecue trop cuit.

Aie aie Aie…on s’habitue à ma musique, il continue à m’enlever des feuilles, il va finir par m’avoir au cœur. Il s’en rapproche si vite et face à sa bouche, je vais comme d’habitude me laisser attraper et me laisser fondre puis disparaitre dans un échange unique et fusionnel avant le grand voyage. Il me fait fondre, je vous le dis, peut être que j’ai le cœur trop mou. Il aime le ferme ; il risque de le découvrir et de ne plus en avoir envie. Je finirai alors ma vie dans une poubelle, entre 2 tranches de pains de mie bleutées ou verdâtres et une peau de banane, et non un pot, quoi que, j’ai jamais eu de pot…je ne sais pas où ça se trouve ces genres de choses, quitte à avoir un pot, autant bien le choisir pour qu’il te ressemble, sinon tu fois passer ta vie de gloire à justifier comment c’est arrivé.

J’ai donc un cœur d’artichaut, il me l’a fait remarqué, c’est étrange comme sensation, pour le connaître, il faut le faire bouillir. Beaucoup ont essayé, sans jamais vraiment y arriver, c’est que…le secret ? la température, un cœur ne s’ouvre pas à toutes les températures, après il y a aussi la maturité, parfois je suis bien violette de nostalgie, il faut plutôt me laisser, attendre que quelques feuilles tombent peut être. Je ne sais pas, je suis un cœur d’artichaut, rien de plus.

C’est étrange non de naître avec un tel cœur, j’étais donc prédestinée à être mangée par la vie comme un légume. Je me demande à quoi ressemble mes poumons ?  2 tranches fines d’ananas ? mes os ? des courgettes ? mon estomac ? alors oui, c’est une pomme de sûr ! Haute comme 3 pommes, je me fends bien la poire quand je le vois ramener sa fraise, j’aime ses raisins et ses noix, qui se ballotent dans mes mains, Rouge comme une tomate je suis, gaffeuse telle  une cacahuète qui se prend  noix du brésil, hého, tout le monde n’est pas apte à recevoir un tel soleil latin et pourtant il est si bon…Souvent courge, je tombe facile dans le potiron, j’ai souvent la cerise, mais ma vie n’est pas un navet, le navet, ce n’est pas très bon, je ne dois pas en avoir beaucoup, tout comme les radis d’ailleurs. Je déteste faire le poireau, sauf quand il s’agit d’être fondant, oui j’aime le cœur fondant, comme mon artichaut. Après tout ça, autant dire que je suis dans les choux et que je vais vous abandonner. Avec cette peinture, je crains d’être un modèle d’Arcimboldo, c’est assez effrayant, mais je suis fière de mon cœur d’artichaut, je ne sais pas comment il est arrivé là le poilu, mais il est bien là, oui, souvent ça me gratte au cœur, oui je suis rare, peu m’aime, mais les plus importants le savent, les artichauts, c’est bon pour la santé…