TOMBER DANS LE PANNEAU

C’est bête, je suis tombée dedans. Je marchais et bam, me voilà la tête dans le guidon, ou plutôt dans le panneau, me voilà avec une collerette de fer au gout de sens interdit ou de route à caractère prioritaire, je ne sais pas la différence entre les 2, le jour de mon code, je me suis endormie.

C’est bête, car j’étais prête. Cette fois, j’étais prête à y croire, me dire que le chemin était le bon, qu’il était temps de refaire confiance à mes pas, à mes pensées, à m’éponger…

J’étais sur le point d’enfin y arriver. Je portais le sourire efficace sur les dents, on les voyait toutes, même la cassée et la bras. Mes yeux étaient ouverts en grand, il fait bon air parfois d’ouvrir les fenêtres. Le vent brassait de nouvelles idées, de nouvelles envies, de nouvelles vies.

Puis Bam, je n’ai pas vu le panneau, du moins oui, mais au dernier moment et j’ai cru qu’il était sans danger.

Avec ma collerette, je me dis que je suis bien naïve, les cocus portent une corne, moi la collerette. La différence, c’est que eux, c’est de l’ivoire, moi je ne tue pas des animaux pour l’avoir.

Je suis donc en phase avec ma tête. Enfin, une fois enlevée, déposée et cirée. De près. J’en surveille sa couleur.

Je me suis faite avoir, faut dire que le panneau était bien fait pour moi, juste pour moi, un filet sans pareil où je devais me prendre car oui, je suis un animal sans défense, sans corne, ni steak et j’avance comme bon me semble même si parfois le bon est périmé.

Je suis un animal. Et me voilà dans le panneau.

J’aurais du connaitre l’origine de cette expression, ça m’aurait permis peut être d’éviter de foncer tête droite dedans.

Quand je suis sur la route, je fonce, je me dis que s’arrêter serait perdre du temps, ne pas faire confiance serait perdre du bon sens, craindre la chute serait perdre de la bonne vie, celle que l’on pèse et se raréfie au fil des années, c’est dommage d’ailleurs ce phénomène.

Quand on nait, on commence à disparaitre, c’est aussi rapide que ça.

Finalement, je suis peut être bien avec ma collerette. Elle n’est pas de honte mais peut être justement le petit frein qu’il me fallait face aux humains. Oui, mais la règle veut qu’une fois attrapé, on me mange ?

Oh non, mais qu’allais-je tomber dans ce panneau. C’est ce qu’on appelle, une galère. J’en ai jamais conduit, mieux vaut tard que jamais.